LES INTERMITTENCES D’UN COEUR dans la poésie française contemporaine

Le recueil de poésie française contemporaine de Florence Houchot portant un titre binaire assez énigmatique: “L’oiseau dans ma poche & Trois amulettes” est là sur mon bureau, depuis qu’il m’est arrivé par la poste il y a trois jours de cela.

Recueil et tableau de Florence Houchot

La maquette du recueil représente l’une des oeuvres picturales de la poétesse – oeuvre que je connais bien et comme toujours chez cette peintre: corps informe, visage sans yeux, traces de pinceau, un fond flou et tout ceci créé l’étrange monstruosité qui parle à ma sensibilité. Chacune de ses oeuvres m’attirent vers l’abîme sur lequel j’aurai l’occasion de revenir dans un article futur sur la poésie française contemporaine.

Mais qu’en est-il de sa poésie? Dans ce siècle de “spécialistes” il est mal vu de s’exprimer sous différentes formes artistiques. L’iconoclaste est encore plus marginalisé que l’artiste et toujours traité avec – au mieux- une légère condescendance. Et je l’avoue mes doutes étaient grands en ouvrant ce recueil. En effet pourquoi une peintre possédant un si grand talent pictural allait-elle se fourvoyer dans les mots?

Le recueil ouvert ma première impression provoqua un malaise épris d’étonnement: comment pouvait-on à ce point maltraiter la syntaxe? Comment osait-elle jeter sur le papier des adjectifs ou des participes passés dont on ne pouvait déduire à quel sujet ou substantif ils se rapportent? Et deux vers – en français – de mon cours de latin en sixième me revinrent en mémoire: “Veux-tu, toute la vie, offenser la grammaire? Qui parle d’offenser grand-mère ni grand-père?” Si je me souviens bien il fallait y trouver un nominatif, vocatif et Dieu sait quoi encore!?

Moi, tout épris de la rigueur du vers classique et n’acceptant le vers libre que lorsqu’il se rattache encore au langage “classique”, un vers comme celui-ci me parut de prime abord plus qu’étrange et frisant l’hérésie dans une poésie française:

Lèvres et paupières

sur les roseaux ma robe mouillée

rentrée froid

dans ses bras me réchauffer

Bien malin qui pourra dire à quoi – grammaticalement – se rapporte l’adjectif “froid”…

Mais si l’hérésie se faisait de plus en plus menaçante je ne refermai point d’un coup sec ce recueil – comme j’ai l’habitude de le faire pour des écrits que j’estime nuls et non avenus – bien au contraire je continuai ma lecturejusqu’à la fin du recueil. Vu que tous les poèmes de Florence Houchot possède une structure ouverte qu’ils n’ont ni début ni fin; chacun peut-être la suite ou le début de l’autre et ce ad infinitum, tel un palimpeste d’un coeur féminin sans cesse en mouvement, sans cesse en souffrance…

Joue mes lèvres

Frappe la pluie dans mon ventre de terre

Oui. L’ombre de ma voix à ta main tenue

Mon coeur ressemble à une pantoufle de verre

(Encore une fois: bien malin qui pourra dire à quel sujet le verbe “jouer” se rapporte? Mais laissons là ces arguties grammaticales et écoutons cette voix qui nous parle, car cette voix traverse tout le recueil – et nous fait entendre les désespoirs et les espoirs d’un être qui aime et voudrait être aimé. Une femme par laquelle et pour laquelle une voix parle en elle et à travers elle et qui sans aucun artifice rhétorique laisse sur le papier; comme des coups de pinceau, des mots qui résonnent en nous, lorsque nous laissons “tomber” nos préjugés poétiques ou même existentiels et que nous lisons en écoutant ce coeur qui nous parle:

Et toujours la fatigue

au plafond de mes songes

péniblement dans ma tête

et traverse la fenêtre

Trouver ce pays

qui n’existe pas encore

où l’homme marchera

pieds nus

jusqu’au rive de mon corps

et de mes mains d’argile

lui offrir des chaussures

Tous les vers de Florence Houchot sont écrits sous la dictée de son coeur, car elle possède le trésor le plus cher: l’intelligence du coeur, et son talent fait le reste pour nous communiquer un peu de cette intelligence intuitive, composée par une fragilité émotionnelle et une force créatrice ressemblant à un métal en fusion – Houchot plie mais ne rompt point – et par le fait que cette femme écrivain ne recherche pas la rime pour la rime, sa plume suit sur le papier les intermittences de son coeur – coeur si grand que les hommes et le monde seront toujours trop petits pour lui!

Il faut donc écouter ces vers tout emplis d’une musique en Sol mineur et jouir des frissons et émois qu’ils provoquent en nous; accepter de s’ouvrir soi-même à cet univers féminin qui se livre ici tout en pudeur et non-dits et pourtant ou grâce à cela si charnel, si érotique.

Tableau de Forence Houchot

Je m’efface maintenant pour laisser les derniers mots à cette artiste-poète:

Lèvres paupières

sur les roseaux ma robe mouillée

rentrée froid

dans ses bras me réchauffer

lire, lire encore,

parcourir la cuvette de ses reins,

dans son dos m’enfoncer,

me fondre à ses mains.

Dans ses bras me réchauffer.

Tableau de Forence Houchot

P.S : Vous pouvez commander le recueil de Florence Houchot à ce mail – cheveu-blanc@laposte.net

UNE REVELATION BIBLIOPHILIQUE ET LITTERAIRE

Chaque samedi je vais vous livrer ma traduction ( en l’occurrence, ici, je devrais dire : mes traductions) d’une copie manuscrite écrite en plusieurs langues : grec ancien – mélange d’ailleurs étrange de Ionien avec un peu d’Eolien, latin, hébreux, allemand, et anglais… Cet ouvrage n’a pas de pagination, mais ce que j’ai reçu à traduire est déjà conséquent et à vue d’oeil je suis sûr qu’il atteint les mille pages. L’auteur est anonyme, mais le propriétaire de cette copie m’assure qu’elle est originale, c’est-à-dire qu’elle est la copie d’une copie d’une copie vue l’ancienneté du texte, comme vous allez pouvoir le constater. Le propriétaire désire rester dans l’anonymat vu la gravité du sujet traité et puisqu’il est devenu mon nouveau mécène (l’autre étant mort il y a maintenant un an) je préfère quant à moi qu’il en soit ainsi et ce pour toujours; du moins à ce que les “intérêts idéologiques” qui nous relient arrivent à leur aboutissement complet et total. Mais comme il est mon mécène et pas mon sponsor il est mon obligé et je peux donc faire ce que je veux de mon travail très bien payé, donc je vous offre ma traduction!

P.S: Le manuscrit original se serait trouvé dans la fameuse bibliothèque de la non moins fameuse et grande famille, par son rayonnement financier et culturel, des Ephrussi et ce jusqu’à l’Annexion de l’Autriche par les barbares nazis.

copie manuscrite d’Acromatique

Titre : ACROAMATIQUE

Auteur : Anonyme

En bas à gauche de la page de garde, en anglais : Ne pas ouvrir, SVP En bas à droite de la page de garde: Un anagramme représentant un E entrelacé.

Il s’est passé tant de drames: massacres, pillages, meurtres de populations entières, révolutions sanglantes depuis l’époque où je l’ai rencontré parlant tout seul et déambulant dans les ruelles de Syracuse comme un doux fou que j’éprouve une certaine gêne à livrer aujourd’hui : le secret.

Mon commerce de vin allait bon train; j’avais implanté aussi des comptoirs de change dans tout le bassin méditerranéen, tant du c­ôté occidental qu’oriental. La petite cave de mon père, pauvre juif d’Asie mineure, j’avais su la faire fructifier diversifiant tellement mes activités commerciales que même les rois venaient me mander quelques faveurs. Si mon père eût à souffrir de ces horribles guerres médiques après la conquête des Perses de toutes les villes grecques d’Asie mineure, tout le monde aurait pu témoigner sur la Tora ou tout autre livre saint qu’il était resté grec dans l’âme. Voilà pourquoi il fut l’un de ces braves qui au prix de leur vie repoussa à Marathon cette marée barbare qu’étaient les soldats de Darius. Assis parmi ces quelques bouteilles de son vin aigre et de peu de bouquet, je le revois encore décrire cette bataille avec moult gestes et d’un ton péremptoire déclarer sans coup férir qu’une poignée d’hommes épris de liberté et de l’esprit démocratique ne pouvaient que vaincre une myriade de barbares. Ayant tout comme moi vécu très vieux il racontait son histoire, l’histoire de la liberté grecque retrouvée alors que le seul esclave qu’il avait encore venait lui servir sa bouillie d’avoine et que sur l’agora les jeunes, comme moi alors, préfèrait s’amuser et parier sur les prochains jeux olympiques. A tel point que j’ai ouvert le premier bureau de jeu de l’humanité – il faut bien le dire- juste au pied de l’Acropole et que je devins en deux ans, non seulement plus riches que mon père (ça ce n’était pas trop difficile) mais l’un des plus riches athéniens et comme tout homme très riche les politiciens et la politique commencèrent à s’intéresser à moi ou plutôt à mon argent. Je devais en effet traiter avec des centaines de cités, telles que Corinthe, Argos, sans parler de l’aristocratique Sparte, toute indépendante les unes par rapport aux autres qui sous le vernis de l’acceptation mutuelle se livraient une concurrence féroce. Si j’appris la nouvelle de l’arrestation du dénommé Socrate, je n’en fus nullement ému; auparavant je n’avais jamais entendu parler de lui. Nous ne fréquentions pas les mêmes mondes. Lui il fréquentait l’Agora où il empoisonnait littéralement la tête de jeunes en mal de frisson intellectuels, alors que moi je courais de comptoirs en comptoirs, dînait à la table des notables les plus en vue de chaque cité où mes intérêts n’arrêtaient de prospérer à une telle allure que cela inquiéta juste avant sa mort mon père, à tel point que ce fut les derniers mots que j’entendis de sa bouche desséchée : “Tu n’es plus le maître de ton temps… plus le maître”. Sur le coup je n’y prêta pas grande attention; seule sa mort me toucha et encore… quand on est jeune on ne pense qu’à soi. De toute façon il avait toujours eu une propension à philosopher et j’avais alors en horreur ses ratiocinations sur des questions abstraites donc vaines. La bonne chair, les belles courtisanes – esclaves ou citoyennes athéniennes – et le poids des tétradrachmes voilà quels étaient mes centres d’intérêts. D’ailleurs quand les amis de la sagesse (Note du traducteur: l’auteur a en tête ici : les philosophes qui étymologiquement signifie en grec les amis de la sagesse) se risquaient à déballer leur logorrhée (Note du traducteur: Ici l’auteur, manifestement un fin lettré, fait un jeu de mot entre λoγoς et Logomachie, en jouant que tous les mots du texte sont reliés entre eux) sur la place publique et pas dans un cercle privé ils risquaient de boire la cigüe. Merci, pas pour moi!

UN PHOTOGRAPHE METAPHYSIQUE !

Ce que saint Augustin avait dit du temps : « Il est familier à chacun, mais aucun de nous ne peut l’expliquer aux autres », il faut le dire aussi des photos de cet artiste qu’est Patrice Panfili.

Photographie de Patrice Panfili

En effet, quoi que de plus mécanique qu’un appareil photographique au contraire d’un pinceau ou d’un stylo entre les doigts de l’artiste. Et bien cette machine sans âme se transforme entre les mains de ce photographe en un talisman qui ne se contente plus d’enregistrer ce qui lui passe « sous l’objectif », mais nous fait découvrir les arrière-plans d’une réalité devenue irréelle par ses profondeurs abyssales. Le « regard » de ce photographe littéralement envoûté par les paysages de cette Bretagne où il vit nous donne à voir le grandiose, le pathétique de cette nature si proche et qui pourtant sans « l ‘œil » de cet artiste resterait à jamais pour nous si lointaine. Cet artiste fait mentir Hegel qui osa prétendre que rien de grand n’existe dans la nature ; seulement dans l’Esprit. Pourquoi ? Car l’art de ce photographe – c-a-d son Esprit au sens hegèlien – est si grand qu’il nous permet de découvrir que la nature est grande.

Oui, l’art de ce photographe est une maïeutique : elle nous fait nous remémorer ce que, par notre aveuglement, nous avions préféré oublier, que la nature est un être, un organisme vivant dont le cœur bat et palpite, tout comme le nôtre. Si l’art de

Photographie de Patrice Panfili

Patrice Panfili n’est pas réaliste au sens stricte du terme ; ses œuvres portent toujours l’empreinte d’une forte stylisation, bien que jamais le voyeur – entendons par là le spectateur ne ressente une quelconque affectation, la moindre note de maniérisme.

Photographie de Patrice Panfili

S’il n’est pas réaliste, il n’en est pourtant pas abstrait, je dirais plutôt que ses photographies oscillent entre ces deux concepts ; ce qui nous permet de ressentir au travers de ses cailloux, dolmen, terre, mer, ciel et vieilles pierres la concrétude de tous ces matériaux, de toute cette matière mais aussi l’au-delà de ce qui est là, pour ainsi dire en chair et en os, là dans toute sa pesanteur physique devant nous. Il y a de l’alchimiste chez cet artiste dont la pierre philosphale devient sous ses yeux et par ses yeux : pierre métaphysique, car chacune de ses photos nous donnant pourtant à voir le réel nous en fait dans un même mouvement nous en éloigner ou plus exactement aller au-delà pour ressentir par le biais de tous ses noirs et blancs si subtiles, si riches de clairs-obscurs l’immatérialité de notre monde.

Photographie de Patrice Panfili

Il y a donc du mystique chez ce photographe qui toujours nous propose une cosmologie du monde, de ce monde qui est là, dans lequel nous vivons, mais que tout seul nous ne savons pas voir ni même entr’apercevoir sans l’aide de ce très grand photographe qui a toujours l’air de nous prendre gentillement par la main, puis nous fait signe de nous taire et de seulement – et c’est pourtant beaucoup- regarder, regarder là, là où est la beauté et la grandeur c’est-à-dire par le filtre magique de son prisme photographique…

Photographie de Patrice Panfili

Cioran a écrit un recueil d’Aphorismes « De l’inconvénient d’être né » ; les photos de ce photographe nous prouvent toutes les fois que nous les admirons que cela valait quand même le coup de naître puisqu’un si grand artiste photographe existe parmi nous, nous, les aveugles…

UN TABLEAU-UNE OEUVRE de Dominique Spanier

J’ai découvert il y a peu le travail de Dominique Spanier par cette œuvre :

oeuvre de Dominique Spanier

Dont j’avais d’ailleurs écrit le très court commentaire suivant : „Cette artiste met à mal notre perception, mais toujours pour le plus grand bien de cette dernière. Ses oeuvres se présentent à nous dans toute leur nudité plastique, et pourtant elles retiennent et détiennent à jamais une part de leur secret indivisible à notre perception. Jamais partitions abstraites de signes et de traces elles restent gravées dans notre mémoire comme des actes sublimes d’une sensibilité féminine exacerbée jusqu’à fleur de peau.”

Et aujourd’hui je suis époustouflé par celle-ci :

oeuvre de Dominique Spanier

D’où me vient un tel émerveillement devant l’univers de cette artiste-peintre qui, au pays du soleil, sur les bords de la Méditerranée, à Saint-Raphaël, pour dire toute la vérité, crée toujours un « je ne sais quoi » qui littéralement m’obsède ?

Loin de moi ici l’envie d’analyser philosophiquement ce qui est du ressort du pur senti, d’une intuition saisie et bonnifiée par le coup de pinceau de cette peintre à la technique parfaite qui comble de perfection, ô combien, sait se faire oublier pour livrer à mon regard cet entrelas de signes, ce mélange de couleurs, cette architecture formelle où, notamment, certains a-plats par une dynamique interne font surgir l’émotion.

Cet émerveillement, si je peux ici oser tracer le sillon pour une éventuelle interprétation, vient chez moi de l’interrogation qui se traduit par cette question : Mais qu’est-ce que c’est ? J’essaye donc de ramener l’objet de ma perception – en l’occurrence le tableau – sous une catégorie ontologique précise, mais voilà que cette catégorie, après m’avoir taper dans l’œil, se défile, s’échappe, s’évanouit, tout en continuant cette fois à me faire de l’œil par ce chatoiement de couleur et l’absolue rigueur de la composition que je n’arrive jamais à conclure : c’est ça !

En un mot l’art pictural de Dominique Spanier qui ne contient jamais et grand dieu heureusement, ou mieux : que dieu soit loué, aucun maniérisme cache toujours une construction remarquablement logique et en même temps si complexe qu’elle relève pour moi de l’ordre des arrière-mondes, des profondeurs de l’inconscient, et pas seulement celui de l’artiste, mais du mien, que jamais mon œil n’en épuise le sens. Et je dirai mieux : chaque œuvre de cette artiste génère pour moi à l’infini du sens, ce qui crée mon émerveillement, un émerveillement qui relève de l’extase, et du vôtre je l’espère bien.

Qu’il est doux pour moi de savoir que sur les bords de la Méditerranée, une femme peintre, telle une déesse de la grèce antique, fait renaître entre ciel, terre et mer, la plénitude des Dieux grecs sans pour autant omettre le chaos de notre modernité. Dominique Spanier est de ces artistes, ils sont rares, qui ne cherchent jamais mais qui toujours trouvent… ces sublimes voies du silence pictural qui savent si bien toucher nos âmes.

POST-SCRIPTUM OU L’ART DE S’AMUSER de Gilles Renard

Les riches vont en voiture,

Les pauvres vont à pied,

Nous, nous amusons...
les tziganes m’ont toujours aidé, ce qui ne fut pas toujours le cas chez les sédentaires…

Bonjour à vous mes „ami(e)s” internautes,

Aujourd’hui, je suis arrivé à la fin de ce voyage que fut ma vie d’errance. Allongé, il y a encore quelques jours sur un lit d’hôpital, j’ai entendu la femme vivant encore à mes côtés, compter avec moi le nombre de demeures, taudis et châteaux où j’ai bien pu habiter depuis ces 54 années. Le nombre en était de 42, sans compter bien sûr les nuits à la belle étoile ou dans les lits de ces femmes que je rencontrais lorsque dans mes nuits blanches je broyais du noir et me noyait dans des paradis artificiels qui auront été, sont, et j’espère malgré mon état de délabrement physique actuel, seront les plus fidèles des fidèles de ma vie d’insomnies quoique les meilleurs de mes compagnons de cette enfance perdue y ont laissé leur peau.

Le Château de Hac qui aura survécu aux révolutions, pas aux hommes…

Ne pouvant plus sortir de chez moi qu’avec la plus grande difficulté j’ai décidé d’abandonner mes visites guidées, tout comme auparavant j’avais pris la décision de ne plus jamais tourner un seul film ou diriger la moindre pièce de théâtre; rencontrer des producteurs plus bêtes que mes  pieds ou négocier avec une télévision publique, qui ressemble plus à une fille publique ne pouvant s’échapper de

Gilles, au musée du cinéma lodz 1993/1994; lors d’un dérèglement de tous les sens, au propre du terme…

Sodome et Gomorrhe qu’à la Tour de Babel, était devenu pour moi de plus en plus insupportable et je n’ai pas voulu finir comme ce très grand metteur en scène polonais, un de mes professeurs à l’Ecole de Cinéma et de Théâtre de Lodz, Andrzej Brzozowski, qui de désespoir de ne pas tourner s’est jeté de son huitième étage de Ursynow dans le vide. Il y a de cela dix ans déjà.

Andrzej Brzozowski, le plus grand cinéaste que j’aurai connu. https://youtu.be/yRwu39C17nM

Ce blog sur Varsovie n’a plus de raison d’être sous sa forme actuelle; il ne peut rester mon blog que si je trouve une nouvelle formule (pour employer un mot en vogue); mais cette formule ne sera nullement mercantile, n’ayant rien de commerciale. En effet : je ne recherche aucun client, comme d’ailleurs j’en aurai recherché si peu tout le long de ma vie et à vrai dire jamais; ceux qui seront venus à moi le sont venus d‚eux-mêmes. Et n’ayant jamais rien demandé aux hommes je n’aurai reçu d’eux que ce qu’ils voulurent bien m’offrir.

Préfèrant ma bibliothèque à tout autre endroit du monde c’est parmi et entouré de mes livres que j’ai envie de parler, de converser et conférer avec des internautes que je ne verrais jamais en chair et en os. J’aime déjà en suivre quelques-uns, notamment et surtout des artistes; oui, jai toujours aimé admirer le travail artistique des autres et je leur ai toujours souhaité de rencontrer le succès qu’ils méritent à mon sens, dans ce monde qui trop souvent feind de ne plus savoir où habite le beau.

Daniel Boulanger, chez lui, à Senlis,i l pouvait durant des heures ne parler que de lui…https://youtu.be/yRwu39C17nM

Si je ne lis que des auteurs morts – comme me disait deux ans avant sa mort Daniel Boulanger „car vous risquez moins d’être déçu” – petit à petit, ma sédentarité forcée aidant je me mets à l’écoute de la modernité et de son incroyable ébullitions et éclatements de tout modèle qu’il fût artistique, social ou politique. L’époque que nous vivons est remarquable, car personne ne sait de quoi elle accouchera: l’embryon est bien là, mais de sexe inconnu tout comme d’ailleurs son génotype, sans parler de son futur phénotype…

Et voilà le mot lâché: la politique. Certains m’ont d’ailleurs reproché sur le Net de ne pas m’en tenir à Varsovie et sa région comme s’il était honteux de nos jours de commenter la vie politique lorsque l’on est un simple citoyen comme moi : un citoyen sans qualités? Pourtant tout citoyen a des qualités et la première est d’être citoyen et faire preuve de citoyenneté. Rien de ce qui se passe dans la Cité qu’elle soit française ou polonaise ne m’est étranger, et jamais ne le sera!

l’agora grec où chaque citoyen pouvait parler de politique; c’est plus le cas aujourd’hui…

Opublikowany przez Varsovieguide na 8 lutego 2017

Mais la poésie est aussi pour moi un grand sujet d’intérêt et de réconfort; elle l’a toujours été. Il y a trente huit ans sur les routes de France que je parcourais en long et en large en auto-stop je n’avais dans ma musette qu’un seul ouvrage : Rimbaud Œuvres aux belles éditions Garnier Frères. Je l’ai d’ailleurs toujours puisqu’il repose en ce moment sur le bureau d’où je vous écris.

Rimbaud et les Editions Garnier Frères, beaucoup de livres perdus, mais jamais celui-là…

L’amitié aura été la plus grande de mes passions et je n’ai pas été déçu des hommes en ce sentiment. Peut-être ai-je ressenti le besoin d’écrire en ce jour ce texte dont je ne connais point encore le titre; car mon ami de longue date, Raymond Labiche n’est plus; la mort arrive toujours trop vite pour les êtres que l’on aime. Cela ne devrait pas nous surprendre – il en a toujours été ainsi: tout homme est mortel – et pourtant cela nous surprend et cette mort me laisse coi, bien que pourtant un de mes ouvrages de chevets, et ce depuis que je me suis enfui de ma „famille” soit les Pensées de Marc-Aurèle?!

Raymond Labiche, le clochard: 38 ans d’amitiés, car il était lui et j’étais moi…https://www.facebook.com/notes/gilles-renard/la-nouvelle-guerre-de-secession/1386954258002480

L’empereur Marc-Aurèle un exemple pour les humbles et les puissants…http://varsovieguide.fr/wordpress/wp-admin/post.php?post=300&action=edit

Sentant le besoin de conclure pour ne pas vous fatiguer je vois maintenant plus précisément ce que doit être ce blog : Une chronique ou plus exactement ma chronique, ma chronique à moi, Gilles Renard, pauvre bon à nib qui aura toujours essayé de survivre sur cette p… de terre, qui vaut tous les autres types sur cette terre et que tout autre type vaut aussi sur cette terre et partout ailleurs!

Bien à vous et bon courage,

Gilles Renard

P.S: Avec le temps êtres et choses disparaissent dans un brouillard d’illusions, et, c’est mieux ainsi.

 

 

 

LIEUX DE PLAISIRS A VARSOVIE

 « Ce que nous cherchons dans la Grèce, c’est ce qui lui donne son rang sur le monde antique et moderne, ce par quoi elle se distingue de tout le reste, ce qui fait qu’elle est elle et non la barbarie » Charles Maurras in Anthinéa


Si les plaisirs ne sont  jamais trop chers, il est tout de même bien agréable, en ces temps économiques incertains, de rencontrer des plaisirs qui ne nous coûtent absolument rien sinon un peu de temps, cette denrée bien luxueuse et cependant des plus démocratiques; à la portée de toutes les bourses, des plus épaisses ou plus plates.

C’est ainsi que pour moi il ne se passe pas un mois sans que je n’aille, au moins une fois, le samedi, au Musée National de Varsovie, flâner dans sa remarquable galerie de l’Art antique dont la maîtresse d’oeuvre fut d’ailleurs la polonaise d’origine française, Marie-Louise Bernhard. Après avoir franchi la lourde et monumentale porte d’entrée et éprouver le doux plaisir de ne pas avoir à payer, car, le samedi, l’entrée est gratuite pour toutes les expositions permanentes, je tourne illico à droite et m’engouffre littéralement parmi les vases et les statues grecs et romaines. D’où vient que mon plaisir esthétique ne soit jamais tari ? Est-ce la pureté des lignes de tous ces objets, petits ou grands, quotidiens ou occassionnels, qui incarnent avec une telle force les deux principes régissant le monde classique : harmonie et ordre.

Hermes de la collection Lubomirski/PotockiHermes de la collection Lubomirski/Potocki

Chacune de mes visites dans ce lieu littéralement magique ou la beauté, qui me submerge de toute part, me fait oublier le temps présent et ses malheurs, et me conduit, chaque fois, devant la monumentale statue « Hermès de la collection de Lubomirski/Potocki ». Il émane de celui-ci un sentiment de calme, de bien-être. Sa pause du reste n’a rien d’officiel ni de guindée. Il est là nonchalamment accoudé à la tête d’un bélier, et si son index, tout comme son pouce, n’avait été amputé par le temps ou par des vandales, engeance qui a malheureusement à toute époque existée, il serait pointé sur moi, me donnant par là à comprendre que son maître, conscient de ma présence, m’a reconnu. Et, au fond, pourquoi ne me reconnaîtrait-il pas ? Nous nous connaissons depuis si longtemps déjà !

Hermes de la collection Lubomirski/PotockiHermes de la collection Lubomirski/Potocki

Mais ce membre absent, disparu, joue tout de même son rôle  tel un membre fantôme, que tout amputé sent toujours lié dans sa chaire, à fleur de peau; je le sens, moi, spectateur de moins en moins innocent, pointé vers moi. Aurait-il deviné que je l’ai percé à jour ? que je sais ? J’avoue avoir mis lors de mes premières visites, beaucoup de temps à détacher mon regard et mes pensées de cet index disparu, pour enfin remonter jsuqu’au visage et fixer celui-ci droit dans les yeux qu’il n’a pas non plus, comme si tout en ce jeune homme n’était qu’une expressive inexpressive absence, rien qu’un effacement permanent, un souffle indicible, un abandon sur qui rien ne pèse et en qui rien ne pose. Il est éternel, toujours là, à la même place, à fixer par-dessus mon épaule gauche l’horizon.

Hermes de la collection Lubomirski/PotockiHermes de la collection Lubomirski/Potocki

Son visage, quasi rectangulaire, ne rappelle en rien les visages indifférents, pareils les uns aux autres, des statues mythologiques. Tout en lui n’est que singularité, y compris, et surtout, son arcade sourcillière droite endommagée ainsi que la cicatrice qu’il porte à la commissure de sa lèvre supérieure, côté gauche.

Hermes de la collection Lubomirski/PotockiHermes de la collection Lubomirski/Potocki

Toutes ces dégradations et son incroyable individualité ne l’ont rendu que plus inquiétant aux yeux des historiens d’art qui n’arrivent toujours pas à se décider s’il ne représenterait pas plutôt Dionysos, et n’aurait pas été exécuté à l’époque romaine et pas grecque. Pourtant rien en ce jeune éphèbe ne laisse voir qu’il incarne le dieu du vin et de l’ivresse, et si Hermès incarne quant à lui le dieu du Commerce, il ne faudrait pas oublier qu’il incarne aussi le dieu des Voleurs… Moi qui, à une autre époque que celle-ci et dans un autre lieu de plaisirs que celui-ci, qu’il m’est rigoureusement interdit de nommer ici, est marqué à jamais de la pointe de mon cran d’arrêt cette bouche gourmande, rétablissant en cela l’harmonie et l’ordre, je suis le mieux placé dans le temps et l’espace pour le savoir, mais ceci est une toute autre histoire sur laquelle je fais silence. N’y-a-t-il pas des plaisirs qu’il est toujours préférable de taire pour vraiment, et, mieux les savourer ?

 

Mieszko I ou l’origine des origines ?

Pour Mieszko I et le commun des mortels : l’origine des origines n’a rien d’original… Alors qu’aujourd’hui la question pour chaque homme est moins de savoir d’où il vient que où il va, il n’en est pas de même pour tout pays qui se respecte. En effet, ce dernier ne pourra vraiment définir son avenir qu’en fonction de son passé, contrairement au simple individu. N’en déplaise aux représentants d’une tradition naphtaline qui tellement occupés à ne rien oublier n’ont jamais rien appris.

Cette question de l’origine est donc brûlante lorsqu’il s’agit d’un peuple et elle n’aura pas manqué de toucher la Pologne et ce jusqu’à aujourd’hui – malgré des travaux remarquables d’historiens polonais, tels que Benedykt Zientara et  Henryk Łowmianski – qui ont prouvé que l’état polonais ne commence pas avec Mieszko mais bien avant.

Mieszko I
Mieszko I

Cette question de l’origine du peuple polonais, en tant, notamment qu’organisation sociale est d’importance à tel point qu’elle tracassa tellement Adolf Hitler qu’il mît tout en œuvre pour prouver – à l’aide de savants mondialement commus  (tel Albert Brackmann) que le peuple polonais  s’était constitué par des invasions successives de plusieurs ethnies et que Mieszko était le premier représentant de la dynastie des Piast ( comme on le dit encore aujourd’hui en Pologne et dans les manuels scolaires). J’ai d’ailleurs dans ma bibliothèque les trois tomes de Benzigers illustrierte weltgeschichte – la riche et luxueuse encyclopédie de 1941 qui illustre la quintessence de l’idéologie nazie – et ses commentaires sur la « Polen » sont, comment pourrait-il en être autrement, dans cette ligne.

Mais là où le bât blesse c’est lorsque l’on se pose la question que se sont posée Zientara et avant lui Lowmianski : Si Mieszko est le premier représentant de la dynastie des Piast (première dynastie polonaise), excerçant son pouvoir sur un grand territoire, comment un tel état est apparu ; certainement pas comme une génération spontanée (certains spermatozoïdes durent bien venir de  quelque part) ?

En quoi résidait la thèse nazie ; en cela : Mieszko ne pouvait pas avoir d’ancêtres, car il était lui-même un  « migrant ». C’était en vérité un Normand ayant comme prénom : Dag ou Dagr, qui envahit les territoires situés entre l’Oder et la Vistule et établit un état. Sur quoi ces « savants » nazis  et il faut bien le dire ici une grande partie de l’école médiéviste de Cracovie et de Lvov (formée dans les universités allemandes) s’appuyèrent pour étailler leur thèse ; tout simplement et tout bonnement  sur un registre papal, dans lequel Mieszko, se soumettait à la fin de sa vie à l’autorité de l’église catholique,  apostolique et romaine, en un mot au Saint-siège. Dans ce document Mieszko apparaît sous le nom de Dagome. Mais ce nom est de facto son nom de baptême ( chrétien) comme l’a si brillamment démontré Lowmianski ; il signifie peut-être Dagobert. Par contre on ne peut subodorer que Mieszko allait, dans sa correspondance avec la chrétienté, utiliser un prénom paien et slave tel que Mieszko.

Cette hypothèse nazie, soutenue tout d’abord par de grandes pointures allemandes tels que Holtzmann et Schult fut adoubée par l’autorité allemande de l’époque, le grand médiéviste dont j’ai parlé plus haut Albert Brackmann, mais elle ne fit pas si long feu que ça ; elle tomba dans l’oubli lorsque le régime idéologique qui l’avait soutenue et inspirée tomba lui dans les oubliettes de l’histoire.

Gall anonyme
Gall anonyme

Certains historiens polonais qui avaient d’ailleurs, pour être franc, questionné cette thèse dès les années 30, alors qu’elle n’avait encore point trouvé sa cristallisation idéologique dans « Mein Kampf » revinrent de plus bel à la charge en appelant à la rescousse un chroniqueur du moyenâge : Gall Qnonyme qui nomme clairement et distinctement les ancêtres de Mieszko sur trois générations : Siemomysl, Siemowit et Leszko.

Pour certains d’entre vous qui liront ces lignes cela pourra leur paraître de peu d’importance cette question d’arbre généalogique ; ils se trompent néanmoins. En effet ; jusqu’à aujourd’hui tous les gouvernements polonais lors de cérémonie officielle font commencer l’état polonais à Mieszko. N’allons pas croire qu’ils soient nazis, pour le moins, mais leur raison en est tout autant idéologique : seul Mieszko, contrairement à ses ancêtres ce sera fait baptiser et aura été le premier de la dynastie a prononcé ces mots : Credo in Spiritum sanctum, sanctam Ecclesiam catholicam, sanctorum communionem, remissionem peccatorum, carnis ressurectionem, vitam aeternam. Amen[1]. Mais si l’histoire finira sans doute avec ces mots elle n’a pas commencé avec eux, n’en déplaisent encore à certains qui quant à eux préfèrent n’en apprendre qu’une partie tout en oubliant l’autre.

Gilles Renard alias Le nouveau pauvre.

[1][1] Je crois au Saint-Esprit, la Sainte Eglise catholique, la communion des saints, la rémission des pêchés, la résurrection de la chair, la vie éternelle. Ainsi soit-il.

LA CLASSIQUE DES CLASSIQUES (suite V)

Tout d’abord : Le Vieux marché –  [Stary Rynek] –spécialement pour vous et pour vous prouver que je ne raconte pas de bêtises – voilà la photographie, prise par moi, du seul document iconographique existant de l’hôtel de ville qui se trouvait au milieu du vieux marché.

L'hotel de ville sur la place du vieux marche.L’hôtel de ville sur la place du vieux marché.

Il faut vous dire que Varsovie a eu jusqu’à 12 hôtels de ville. Mais parlons ici de celui que vous avez sous les yeux ; le plus ancien. Construit au XVème siècle, il était tout en bois et, comme de bien entendu, de style gothique. En son centre, comme vous pouvez le remarquer : une tour. Le toit de cette tour était en tôle et il était surmonté d’une girouette. Que représentait cette girouette ? Une sirène – notre fameuse sirène de Varsovie. Comment pouvait-elle bien être cette sirène – emblème de Varsovie – et dont on a retrouvé des traces jusqu’à Opole (une agrafe, notamment, à manteau du XIVème siècle N.B : J’en parlerai dans une autre fois).

Probablement qu’elle était ou se rapprochait de ce sceau de la Vieille Ville de 1459.

Le sceau le plus ancien de la Vieille Ville sur un document datant de 1459Le sceau le plus ancien de la Vieille Ville (document de 1459)

Donc vous êtes là, à l’entrée de cette place du Vieux marché qui a aujourd’hui en son centre la Sirène scupltée par Constantin Hegel. Prenez un peu de temps pour vous concentrer sur le côté droit de cette place qui s’appelait jusqu’en 1916 tout simplement Zachodnia (Ouest) et qui porte depuis le nom de Hugo Kołłątaj (1750-1812). Mis à part qu’il fut un jacobin acharné ( mais y-en-a-t-il de modérés ?), un des créateurs de la Constituion du 3 mai, il habitait justement à l’Ouest au numéro 21a. Non seulement il y logeait mais il y est mort. La façade a survécu à l’hécatombe de 1944. La lettre S sur le bouclier tenu par un lion est la première lettre du nom d’un des anciens propriétaires.

L'immeuble numero 21Vieux marché numéro 21

Le lion tenant un bouclier sur lequel se trouve la lettre SLe lion tenant un bouclier sur lequel se trouve la lettre S

Si vous le désirez et en avez le temps, vous pouvez tenter (sans un bon guide c’est extrêmement difficile) de visiter les différentes caves gothiques  du XVème et XVIème siècle, au numéro 21. Au 19, il faut savoir que se trouvait là la première maunfacture de piano à queue de Varsovie.  En 1944, l’immeuble fut entièrement détruit.

Par contre, selon moi, il y a trois autres immeubles sur lesquels votre attention doit se concentrer. L’immeuble appelé Urbanowska (numéro 23) ; celui du numéro 27 et l’immeuble faisant l’angle avec la rue Wąski Dunaj (L’étroit Dunaj) au numéro 31.

L'immeuble Urbanowska numero 23L’immeuble Urbanowska au numéro 23 du Vieux marché

Le numéro 23 est marqué du sceau de l’histoire lorsque les Russes occupaient une partie de la Pologne. Cette construction de 4 étages, dont tout le rez-de-chaussée a échappé à la destruction de 1944, aura été en 1848 le témoin d’une horrible arrestation, fomentée et menée par la police tsariste et son chef à Varsovie, l’horrible Prince Paskiewicz. En effet, quatre apprentis couturiers furent arrêtés sous le prétexte qu’ils conspiraient contre la Russie: ils auraient, entre autre, tenu des propos malfaisants à son égard, tout en relatant les événements qui se déroulaient alors en France, contre Louis-Philippe. Cette accusation n’était pas fondée, mais elle avait pour but de montrer à la population qui était le maître en la capitale. Donc l’empire euro-asiatique russe et ses sbires livrèrent en spectacle à la population, conduite de force, les quatre malheureux apprentis qui furent fouettés par 500 soldats et envoyés en Sibérie d’où ils ne revinrent jamais…

"Fukier" numero 27« Fukier » au numéro 27 du Vieux marché

Au numéro 27 du Vieux marché nous passons à un chapitre plus joyeux – heureusement – qui durant des siècles et ce, jusqu’à aujourd’hui, se déroule sous les bons auspices du dieu Bacchus. En effet, vous avez là devant les yeux la célèbre maison de vin de la famille Fukier. L’immeuble est l’un des plus connus de tout Varsovie. A juste titre, d’ailleurs. Depuis le XVIème siècle des familles riches et importantes de la Vieille Ville y habitèrent. Puis en 1810 ce fut au tour de la célèbre famille Fukier qui exista même après l’arrivée (usurpée) au pouvoir des communistes, car la fonction de directeur était encore tenu par Henryk Maria Fukier, le dernier de la lignée qui mourut en 1955.Il n’aimait le rouge que sous la forme provenant de la fermentation du raisin, alors que celle de la lutte des classes n’apporta pour lui et pour d’autres qu’un vinaigre du plus mauvais vin…

Henryk Maria FukierHenryk Maria Fukier

L'immeuble Fukier numero 27L’immeuble Fukier numéro 27

Il  n’avait pas voulu quitter sa « cave » et ses vins, et puis qui du nouveau pouvoir aurait-il pu en parler aussi bien que lui? C’est là que la tradition a du bon ! (Là se trouve le musée du vin que l’on ouvre  à qui sait le demander, c’est à dire pas à tout le monde.)

L'immeuble numero 31L’immeuble numéro 31

Au numéro 31 nous avons un immeuble d’angle avec une statue de la vierge à l’enfant, au niveau du premier étage. Durant des années on l’appela l’immeuble des « Ducs de Mazovie » et même aujourd’hui, entre vieux varsoviens l’on peut entendre cette appelation. Elle n’a malheureusement rien de fondé historiquement, mais elle sonne mieux que son nom officielle : En-dessous de Saint-Anne !?

Vieux marché No 31
lla vierge et l’enfant au numéro 31 du Vieux marché

La vierge et l’enfant au numéro 31

(la suite dans trois jours comme de coutume)

 

LES JESUITES ET LE CHÂTEAU ROYAL

Compagnie de Jésus
  Compagnie de Jésus

 

Là sont les Jésuites

Ces prêtres dignes de louanges

Ils ont une église quoique petite,

Chez eux l’ordre est partout.

Adam Jarzębski, Souvenir ou courte description de Varsovie

Piotr Skarga
      Piotr Skarga

 Les Jésuites sont arrivés en Pologne, au XVII ème siècle, à la cours de Sigismond III Vasa. Leur premier rôle fut d’être prêcheur, confesseur, instituteur des enfants du Roi. L’un de ses plus grands prêcheurs fut Piotr Skarga. Leur histoire sur nos terres polonaises est passionnantes – elle ressemble même parfois à un film de capes et d’épées. Je me propose de vous la faire découvrir sur mon blog.  Sigismond ainsi que son épouse les traîtèrent toujours comme des membres à part entière de la famille royale .

Après la mort de Piotr Skarga, le prêcheur royal fut le prêtre Mateusz Bembus qui était aussi professeur de théologie à l’Académie de Vilno. Son successeur, en 1618, le père Valentin Groza Kowalski était également professeur de théologie dans cette susdite académie. Ces trois prêtres étaient de fervents défenseurs des us et coutumes polonaises voyant en elles le terreau spirituel de  ce peuple. Déjà l’on peut voir dès le début de leur apostolat une vision progressiste de l’histoire et de la manière de gouverner ainsi que leur préoccupation pédagogique ; tout d’abord auprès des enfants du Roi et puis des enfants de la paroisse de la Vieille Ville.

Ladislas IV Vasa
                Ladislas IV Vasa

Le fils de Sigismond, Ladislas IV, marqua un certain éloignement en face de l’ ordre. En effet si ces prêtres réguliers professent trois vœux : pauvreté, chasteté, obéissance ; ils en ont un quatrième. Et c’est justement celui-ci qui ne plaisait pas du tout au souverain : l’obéissance spéciale au Pape pour ce qui est des missions – missions tant officielles que secrètes. Ne recherchant jamais les honneurs ils sont les soldats et intellectuels du Christ. ( N’oublions pas que sa Sainteté, le Pape François, est le premier pape jésuite dans toute l’histoire de la chrétienté). Si leur statut est d’être réguliers, ils sont pleinement engagés dans la vie civile et jouent en cela un très grand rôle séculier. Toutes ces caractéristiques effrayèrent Ladislas, mais il les garda tout de même près de lui lorsqu’il voyageait ou guerroyait. Il leur confia même l’éducation de son fils, Sigismond Casimir, car qui mieux qu’eux aurait pu en faire un homme et monarque instruit et éclairé. En dehors de la cour proprement dite il reste trace de sermons. Ceux-ci sont magnifiques. Ils ne parlent pas de politique, mais de la chose sociale, du bien commun, en un sens de la Polis grec. On y trouve très souvent des critiques et invectives acerbes et fort justes sur la vanité, l’égoisme et la prévarication (ce que l’on appelle aujourd’hui la corruption).

Lorsqu’il succéda à son père il garda tout naturellement les jésuites près de lui ; il leur devait tout. L’un d’eux, le père Adrian Pikarski, ancien aumônier des armées, fera des sermons touchant notamment la question du patriotisme et le respect du pouvoir royal.

Stanislas Auguste Poniatowski

 

 

chateau royal facade est
                 château royal facade est

A l’époque de Stanislas Auguste Poniatowski les Jésuites furent pour le dernier Roi de Pologne s on plus solide soutien en ce qui touche à sa politique culturelle et sur toutes les questions touchant l’enseignement. Ils furent aussi à l’origine de ces fameux « repas du jeudi » où le Roi en compagnie d’invités tels que Jan Albertrandi, Adam Naruszewicz et de quelques autres hommes de lettres s’entretenait d’art et de littérature. Ce fut d’ailleurs ce dernier que le Roi employa pour écrire une Histoire de la Pologne débarassée des interprétations teutones ; il était d’ailleurs non seulement son confesseur mais aussi son ami. Cette Histoire de la Pologne qui ne fut jamais finie avait aussi un autre but dans la tête de ce monarque éclairé : condamner l’exploitation éhontée des paysans, corvéables à merci, et redéfinir ce que la noblesse appelait « notre liberté ».

 

LE FANTÔME NATIONAL

Dernièrement mon ombre a croisé la sienne et j’ai ressenti plus que jamais sa présence – non pas visible ; tout le monde peut le voir, là, dans la rue Krakowskie Przedmiescie, mais spirituelle. Juste en face du Centre de la Cinématographie polonaise il défie, chaque jour qui passe, les cinéastes polonais d’aujourd’hui de faire, enfin, un film qui aura la force et la grandeur du plus petit de ses poèmes.

Adam Mickiewicz jeune
Adam Mickiewicz jeune

Comment se fait-il que chaque peuple aura eu, a eu, a son poète national ? Pour les Français ce fut Victor Hugo ; pour les Polonais c’est Mickiewicz ! Je change volontairement de temps, car il me semble à tort ou à raison, cela demeure du domaine de l’intuition, et si je m’égare j’en assumerai l’entière responsabilité, que Victor Hugo ne représente plus grand chose pour les Français du XXI-ème siècle ; mis à part qu’il est à leur yeux qu’un poète de plus, alors qu’il en va tout autrement de Mickiewicz pour les Polonais d’aujourd’hui et probablement de demain… Le poète est plus qu’un monument, plus qu’une statue, plus qu’un poète, il est l’alter ego de tout Polonais qu’il soit tâcheron, paysan ou nanti !

Adam Mickiewicz par Walenty Wankowicz
Adam Mickiewicz par Walenty Wankowicz

Pourquoi en est-il ainsi ? Pourquoi Victor Hugo a-t-il perdu son aura de poète-national, alors que Mickiewicz en est toujours nimbé ?

Au monde de nouveau, mais pas pour le monde

Quel est cet homme ? – Un fantôme.

( Le fantôme. Vers 11 et 12. Trad. Gilles Renard)

adam mickiewicz
Adam mickiewicz

Tout grand poète-national qui sera d’ailleurs toujours grand même lorsqu’il est plus souvent moyen que grand ; ce qui n’est jamais le cas de Mickiewicz – toujours grand et la plupart du temps génial, mais l’est de Hugo, chez qui l’on trouve plus fréquemment une lourde rhétorique que d’envolées géniales – incarne les rêves, les phantasmes et les frustrations d’une nation ; cette nation qui en tant que concept politique est apparue sur terre que depuis peu, depuis seulement la révolution française, pour occupée au XIXème tout le paysage géopolitique. Auparavant  il n’y avait pas de nation, mais un peuple et chaque peuple « s’incarnait » dans son Roi et vis versa. Du moins en fut-il ainsi pour le peuple de France, car pour le peuple polonais il en fut tout autrement. Dès la fin de la dynastie Jagiellonne il cesse de « s’incarner » dans ses rois et eux-même ne l’incarnent pas : ils sont élus et encore pas par lui, mais par les intrigues de la grande noblesse et des puissances étrangères. Et c’est en cela que je vois la genèse de l’oubli de Victor Hugo dans le cœur des Français, et la permanence de Mickiewicz dans le cœur des Polonais.

La statue en 1900
La statue en 1900

La nation polonaise existe bien sûr, la République polonaise aussi, mais en tant « qu’en train de se faire », en tant « qu’en train de se réaliser », en tant qu’en train de s’affirmer » et de sans cesse lutter pour atteindre à une incertaine stabilité au sein même et toujours d’une instabilité certaine, non pas dans les mœurs, mais dans les institutions étatiques, au contraire de la France. Voilà pourquoi il est si excitant de vivre et habiter en Pologne où l’on a littéralement tous les jours sous les yeux un peuple qui bouillonne d’aspirations et de désirs non encore assouvis en matière de stabilité politique et sociale. Car, pour ce qui est de son identité, le Polonais est des plus stables – le problème identitaire, si tant est qu’il existe ailleurs n’existe nullement pour lui : il est Polonais et son pays s’appelle la Pologne. Ce dernier peut même encore une fois disparaître de la carte, il ne disparaîtra pas de son cœur, et c’est exactement ce que Mickiewicz incarne dans sa poésie, mais aussi dans sa vie. En l’écoutant, car on ne lit pas ses vers on les écoute, même et surtout lorsqu’on les lit, et aussi en le voyant là debout à Krakowskie Przedmiescie tout Polonais se sent touché, ému car ce que le grand Adam nous a offert est plus que jamais d’actualité.

Chacun de vous dans son âme porte la graine des droits futurs et la mesure des frontières futures. Pour autant vous agrandissez et améliorez vos âmes, pour autant vous améliorez vos droits et agrandissez vos frontières. (Livre des pélerins. Trad. Gilles Renard)

La statue aujourd'hui
La statue aujourd’hui

P.S : A Varsovie sa statue est dans le square, près de l’église des Carmélites. Elle doit son érection à la pugnacité d’un autre grand artiste polonais, l’écrivain Henryk Sienkiewicz. Le sculpteur Cyprian Godebski en est l’auteur et elle se tient là, de toute sa hauteur, depuis le 24 décembre 1898. Ce ne sera qu’en 1944, en raison de la barbarie nazie, qu’elle disparaîtra de son piedestal … On en fondra une autre – à l’identique- bien qu’il restât quelques morceaux d’avant-guerre, et, depuis 1950 cette incarnation même des souffrances et des joies du peuple polonais nous et vous observe. Passant près de lui ne manquez pas de lui tirer votre chapeau ou d’aller… boire une vodka (polonaise) à sa santé ! Cela lui fera sûrement plaisir lui qui déclarait : « Envolons-nous et ne rabaissons plus jamais notre vol. »