LE FANTÔME NATIONAL

Dernièrement mon ombre a croisé la sienne et j’ai ressenti plus que jamais sa présence – non pas visible ; tout le monde peut le voir, là, dans la rue Krakowskie Przedmiescie, mais spirituelle. Juste en face du Centre de la Cinématographie polonaise il défie, chaque jour qui passe, les cinéastes polonais d’aujourd’hui de faire, enfin, un film qui aura la force et la grandeur du plus petit de ses poèmes.

Adam Mickiewicz jeune
Adam Mickiewicz jeune

Comment se fait-il que chaque peuple aura eu, a eu, a son poète national ? Pour les Français ce fut Victor Hugo ; pour les Polonais c’est Mickiewicz ! Je change volontairement de temps, car il me semble à tort ou à raison, cela demeure du domaine de l’intuition, et si je m’égare j’en assumerai l’entière responsabilité, que Victor Hugo ne représente plus grand chose pour les Français du XXI-ème siècle ; mis à part qu’il est à leur yeux qu’un poète de plus, alors qu’il en va tout autrement de Mickiewicz pour les Polonais d’aujourd’hui et probablement de demain… Le poète est plus qu’un monument, plus qu’une statue, plus qu’un poète, il est l’alter ego de tout Polonais qu’il soit tâcheron, paysan ou nanti !

Adam Mickiewicz par Walenty Wankowicz
Adam Mickiewicz par Walenty Wankowicz

Pourquoi en est-il ainsi ? Pourquoi Victor Hugo a-t-il perdu son aura de poète-national, alors que Mickiewicz en est toujours nimbé ?

Au monde de nouveau, mais pas pour le monde

Quel est cet homme ? – Un fantôme.

( Le fantôme. Vers 11 et 12. Trad. Gilles Renard)

adam mickiewicz
Adam mickiewicz

Tout grand poète-national qui sera d’ailleurs toujours grand même lorsqu’il est plus souvent moyen que grand ; ce qui n’est jamais le cas de Mickiewicz – toujours grand et la plupart du temps génial, mais l’est de Hugo, chez qui l’on trouve plus fréquemment une lourde rhétorique que d’envolées géniales – incarne les rêves, les phantasmes et les frustrations d’une nation ; cette nation qui en tant que concept politique est apparue sur terre que depuis peu, depuis seulement la révolution française, pour occupée au XIXème tout le paysage géopolitique. Auparavant  il n’y avait pas de nation, mais un peuple et chaque peuple « s’incarnait » dans son Roi et vis versa. Du moins en fut-il ainsi pour le peuple de France, car pour le peuple polonais il en fut tout autrement. Dès la fin de la dynastie Jagiellonne il cesse de « s’incarner » dans ses rois et eux-même ne l’incarnent pas : ils sont élus et encore pas par lui, mais par les intrigues de la grande noblesse et des puissances étrangères. Et c’est en cela que je vois la genèse de l’oubli de Victor Hugo dans le cœur des Français, et la permanence de Mickiewicz dans le cœur des Polonais.

La statue en 1900
La statue en 1900

La nation polonaise existe bien sûr, la République polonaise aussi, mais en tant « qu’en train de se faire », en tant « qu’en train de se réaliser », en tant qu’en train de s’affirmer » et de sans cesse lutter pour atteindre à une incertaine stabilité au sein même et toujours d’une instabilité certaine, non pas dans les mœurs, mais dans les institutions étatiques, au contraire de la France. Voilà pourquoi il est si excitant de vivre et habiter en Pologne où l’on a littéralement tous les jours sous les yeux un peuple qui bouillonne d’aspirations et de désirs non encore assouvis en matière de stabilité politique et sociale. Car, pour ce qui est de son identité, le Polonais est des plus stables – le problème identitaire, si tant est qu’il existe ailleurs n’existe nullement pour lui : il est Polonais et son pays s’appelle la Pologne. Ce dernier peut même encore une fois disparaître de la carte, il ne disparaîtra pas de son cœur, et c’est exactement ce que Mickiewicz incarne dans sa poésie, mais aussi dans sa vie. En l’écoutant, car on ne lit pas ses vers on les écoute, même et surtout lorsqu’on les lit, et aussi en le voyant là debout à Krakowskie Przedmiescie tout Polonais se sent touché, ému car ce que le grand Adam nous a offert est plus que jamais d’actualité.

Chacun de vous dans son âme porte la graine des droits futurs et la mesure des frontières futures. Pour autant vous agrandissez et améliorez vos âmes, pour autant vous améliorez vos droits et agrandissez vos frontières. (Livre des pélerins. Trad. Gilles Renard)

La statue aujourd'hui
La statue aujourd’hui

P.S : A Varsovie sa statue est dans le square, près de l’église des Carmélites. Elle doit son érection à la pugnacité d’un autre grand artiste polonais, l’écrivain Henryk Sienkiewicz. Le sculpteur Cyprian Godebski en est l’auteur et elle se tient là, de toute sa hauteur, depuis le 24 décembre 1898. Ce ne sera qu’en 1944, en raison de la barbarie nazie, qu’elle disparaîtra de son piedestal … On en fondra une autre – à l’identique- bien qu’il restât quelques morceaux d’avant-guerre, et, depuis 1950 cette incarnation même des souffrances et des joies du peuple polonais nous et vous observe. Passant près de lui ne manquez pas de lui tirer votre chapeau ou d’aller… boire une vodka (polonaise) à sa santé ! Cela lui fera sûrement plaisir lui qui déclarait : « Envolons-nous et ne rabaissons plus jamais notre vol. »

 

LA CLASSIQUE DES CLASSIQUES (suite IV)

Ul. Piwna

Localisation de la rue PiwnaLocalisation de la rue Piwna

 Et, maintenant, au lieu de continuer « notre pélerinage » touristique dans la rue Świetojańska nous prenons le passage qui se trouve en face de la cathédrale.

passage avec le couvent au fondpassage avec le couvent au fond

Tout au bout nous voyons déjà  l’église et le couvent des Augustines, au numéro 13. Tout un programme. Tous les deux auront traversé bien des malheurs et heures de gloire  (à l’époque de l’état de siège il me souvient que toute l’intelligentsia varsovienne venait se recueillir et comploter ici.

Si le couvent fut fondé en 1353, réaménagé aux XVème et XVIème , il aura été totalement reconstruit au XVIIème et sa fasade actuelle date des années 30 du XVIIIème.

Facade de l'eglise saint martinFaçade de l’église saint martin

L’église quant à elle – église Saint-Martin – a vu sous son toit se dérouler les séances de la diète de la noblesse  dès l’instant que Mazovie fut rattachée à la couronne. En 1944 elle fut totalement détruite par les Allemands et reconstruite après guerre.

La soeur Alma et Tadeusz MazowieckiLa soeur Alma et Tadeusz Mazowiecki

Son intérieur est moderne et a été conçu par la sœur Alma Skrzydlewska qui aura aussi dessiné le chemin de croix, les grilles, les lustres, les bancs.

La rue Piwna.La rue Piwna.

Une fois de retour à l’extérieur si nous regardons de chaque côté de cette rue Piwna – la plus longue de toutes les rues de la Vieille Ville – d’un côté elle nous mène vers la Place du Château royal et de l’autre, tout au bout, à la rue Wąski Dunaj.  Mais en son milieu, à droite, nous avons la rue Zapiecek qui nous mène directement vers la Place du Vieux marché. Mais avant que de la prendre je conseille à tous les amateurs d’animaux de s’arrêter devant l’immeuble, au numéro 6, dont la porte est ornée de bas-reliefs représentant des pigeons. Ceci est une œuvre contemporaine qui rend hommage à une vieille femme qui fut la première à revenir habiter dans la Vieille Ville en ruine, après la destruction de celle-ci par les Allemands. Elle avait pour habitude de nourrir et parler aux pigeons, ses seuls voisins.

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Numero 6 rue Piwna

DSCN2861 Numero 6 rue Piwna

Antoni MagierAntoni Magier

Dans la rue Zapiecek l’on peut avec nostalgie regarder l’habitation d’une autre figure varsovienne : Antoni Magier (1762-1837), au numéro 31.  Il fut tout à la fois : physicien, météorologiste, mémorialiste et historien de Varsovie. Pour ses contemporains il était d’abord et avant tout météologue; chaque jour il leur annonçait ses pronostics météorologiques. Il est l’auteur d’un très beau traité : L’esthétique de Varsovie qui nous donne un très bel aperçu des us-et-coutumes des Varsoviens de la fin du XVIIIème et début XIXème.

place zapiecekplace zapiecek

A dire vrai Zapiecek n’existe pas comme rue ; elle est la prolongation de la rue Piekarska et ce qu’un Varsovien appelle Zapiecek est seulement une petite place, sur laquelle au XIXème siècle se déroulait une foire pour les oiseaux chanteurs.

Stary Rynek

Stary Rynek - Le Vieux marcheStary Rynek – Le Vieux marché

Et maintenant la Place du Marché. Elle est l’emblème de la Vieille Ville. Pour ceux qui n’aiment ni le bruit, ni la foule il est conseillé de la visiter tôt le matin.

C’est là que se concentrait toute la vie économique, politique et sociale du Vieux Varsovie. Elle fut une place pour le commerce, une agora politique, mais aussi une place où l’on délivrait la justice.

A partir du XVème siècle en son milieu se trouvait l’hôtel de ville et pas comme aujourd’hui  La Sirène ­– une œuvre de Constantin Hegel de 1855, dont l’original se trouve déposé dans la cours du Musée de la Littérature qui se trouve aussi sur la place. Celle-ci a gardé son caractère moyenâgeux avec ces rues qui la rejoignent de tout côté.

Les quatre côtés portent les noms de quatre personnages célèbres  ayant joué un rôle essentiel dans l’histoire de la ville, mais aussi de la Pologne.

Hugo KołłątajHugo Kołłątaj

Hugo Kołłątaj (1750-1812) – prêtre aux idées jacobines. L’auteur de projets de réformes au parfum révolutionnaire. (Certains historiens le soupçonne d’avoir voulu guillotiné le dernier roi de Pologne, Stanislas Auguste Poniatowski). Il est l’un des inspirateurs et maître d’œuvre de la Constitution du 3 Mai.

Jan DekertJan Dekert

Jan Dekert (1738-1790) – marchand, député à la diète, et le 23 février 1789 (Ça ne s’invente pas !) élu président de la Ville de Varsovie. Il a beaucoup lutté pour que les droits des bourgeois soient reconnus par le roi.

Franciszek BarssFranciszek Barss

Franciszek Barss (1760-1812) – avocat et très proche collaborateur de Jan Dekert. Ce fut lui qui rédigea les droits des bourgeois. Il fut aussi le défenseur des pauvres. Il mourut en Russie après avoir rejoint la grande armée napoléonienne.

Ignacy Zakrzewski-WyssogotaIgnacy Zakrzewski-Wyssogota

Ignacy Zakrzewski-Wyssogota (1745 -1802) – député à la diète de Quatre ans. Franc-Maçon ayant lutté pour que les droits des bourgeois et des villes soient reconnus par la couronne royale.

(La suite dans trois jours comme de coutume)

gillesrpl@yahoo.com – portable : 500081928 (Varsovie)

Je vous propose de multiples variantes de visites guidées thématiques ou plus générales. Il va de soi que vous pouvez vous-mêmes proposer vos thèmes ou attentes et je me ferai un plaisir d’y répondre au mieux. Quelques exemples d’offres de visites guidées thématiques:

–          Le Varsovie de l’Entre-deux-guerres

–          Le Varsovie maçonnique d’hier à aujourd’hui

–          Le Varsovie français et Napoléon

–          Le Varsovie de la Seconde Guerre mondiale

–          Le Soulèvement de Varsovie

–          Le Varsovie des Arts et des Lettres

–          Le Varsovie communiste

–          Le Ghetto et son soulèvement

–          Les cimetières civiles et militaires

–          Chez le dernier Roi de Pologne

–          La demeure princière d’un roi gentilhomme

–          Chopin et Varsovie

–          Les églises, cathédrales et basiliques de Varsovie

–          Les palais varsoviens

–          Les grands architectes polonais et étrangers de Varsovie

–          La Vieille ville et ses secrets

–          Pour le plaisir des yeux, des oreilles et du palais…

Etc…

gillesrpl@yahoo.com – portable : 500081928 (Varsovie)

LA CLASSIQUE DES CLASSIQUES (Suite 2)

L’immeuble de « Sir » John

Tableau de Canaletto. L'immeuble John.Tableau de Canaletto. L’immeuble John.

« Après être allé là où le Roi va à pied », comme disent les Polonais, c’est-à-dire aux toilettes ou ne pas s’être lassé de contempler les fameux escaliers roulants de production du grand frère soviétique (sic !) nous nous trouvons maintenant au pied de l’immeuble de John qui porte le nom d’un de ses propriétaires, Aleksander John, avocat, qui en 1910 décida au grand dam de ses voisins de redonner à son immeuble l’apparence qu’il avait au  XVIIIème siècle. Pour ce faire il s’inspira du tableau de Canaletto (cf. Ière partie). Il faut dire que cet immeuble aura subi bien des vicissitudes. Si nous possédons des documents écrits remontant à 1654 il est certain qu’il existait déjà, auparavant, une habitation à cet endroit. Ce fut au XIXème siècle qu’il aura le plus souffert des différents « aménagements » et « restauration » en tout genre. Jusqu’à l’arrivée de son bienfaiteur : « Sir » John !

Par contre, en 1939, un incendie s’y déclara. L’ensemble de la bâtisse – en attendant des jours meilleurs – fut soutenues par des étais et échafaudages, malheureusement 1944 arriva et les Allemands se chargèrent de la détruire allègrement et entièrement.

Von dem BachVon dem Bach

Von dem Bach

 

 

Palais Teppler

Elle ne réapparut aux yeux des Varsoviens que grâce à la construction de Trasa W-Z (La voie est-ouest) ; les autorités s’étant décidé à sa reconstruction. C’était bien la moindre des choses vu qu’elles avaient accepté – entre autres – la destruction du palais Teppler (là où avait habité Talleyrand lors de son séjour à Varsovie) pour creuser justement cette voie est-ouest.

canaletto Palais des eveques de Cracovie et Palais Tepplercanaletto Palais des évêques de Cracovie et Palais Teppler

Nota bene : Pour les touristes aux facultés olfactives para-normales ils peuvent sentir des réminescences – paraît-il – d’alcool de vin. En effet jusqu’à la fin du XIX ème siècle, c’était à cet endroit que reposaient de nombreux fûts de ce précieux breuvage…

Palais sous la Tôle  et Château Royal

Palais sous la Tôle

Palais sous la Tôle

Lorsque vous tournez votre regard vers l’est vous pouvez apercevoir tout d’abord près des murs du château, sur un parterre recouvert par de la pelouse et en espaliers; les anciennes colonnes de la colonne Sigismond. Et un peu en contre-bas un charmant palais au nom étonnant Palais sous la Tôle. Là a habité le futur Maréchal de France, Joseph Poniatowski. Et puis en tournant lentement votre regard vers l’ouest vous découvrez le château royal. Il faut bien vous dire que lui aussi, durant l’histoire tourmentée de la Pologne et de sa capitale, aura subi de nombreuses transformations, métamorphoses, pillages (lors du Déluge des Suédois), destruction et résurrection… Car ce que nous avons aujourd’hui, devant les yeux, est une reconstruction, appelée aussi une revivification qui relève du miracle et donc de la résurrection. En effet, laChateau royal destruction presque totale par les Allemands

permettait-elle de retaurer ? Bien sûr que non ; plus de 95% de la substance matérielle avait disparu. Néanmoins quelques morceaux de fer forgé, des débris de maçonnerie permirent aux conservateurs d’établir une distinction d’école importante entre reconstruction et revivification. En un mot ce que vous avez sous les yeux s’appelle : la revivification­ du château royal.

Au XVème Janusz Ier l’aîné  construisit un château en dur – la grande cour

Curia maior - la grande courCuria maior – la grande cour

 Sigismond Auguste

Lorsque Varsovie devint l’une des résidences royales Sigismond Auguste a reconstruisit et construisit à tour de bras entre 1569 et 1572 pour adapter le château au besoin du sénat et de la diète. C’est ici, entre ses murs, qu’en 1573 fut signé le premier document en Europe exigeant le respect de toutes les confessions religieuses que l’on appelle : Confédération de Varsovie.

Confederation de Varsovie 1573Confédération de Varsovie 1573

 

Sisgismond III Vasa – Porte Grodska  – Tour Ladislas et Rembrandt

Sisgismond III Vasa prenant pour prétexte l’incendie du château de Wawel décida de faire du château royal de Varsovie sa résidence principale et ce fut à cette époque que l’on referma les cinq angles des différents corps de bâtiments, donnant à l’ensemble une harmonie sans pareille.

Sigismond III VasaSigismond III Vasa

château vu de dessus

chateau royal vu d'avionchâteau royal vu d’avion

Son fils Ladislas IV transforma les intérieurs en leur donnant plus de splendeur et de luxe. Notamment avec la chambre de marbre et la Porte Grodska (celle qui donne sur les anciennes colonnes supportant la statue de Sigismond III, ainsi que la tour appelée jsutement Tour Ladislas où se trouve un escalier.

 

La porte GrodskaLa porte Grodska

 

La Tour LadislasLa Tour Ladislas

Près de cette tour se trouve la galerie de tableaux avec notamment un chef-d’œuvre à ne pas manquer : Le portrait d’une jeune fille par Rembrandt. Une fois que vous aurez vu ses yeux qui donnent à sa beauté l’accent de la méditation et de l’étonnement, ainsi que ses doigts frêles qui sortent du tableau pour en saisir le cadre, comme si c’était elle qui voulait venir vers nous et non nous vers elle, vous ne pourrez plus l’oublier…

 

Le portrait d’une jeune fille par Rembrandt.Le portrait d’une jeune fille par Rembrandt.

Gilles Renard, votre guide pour Varsovie et sa région vous dit à dans trois jours pour la suite de cette excursion digitale…

LA CLASSIQUE DES CLASSIQUES (Suite III)

 

Ul. Świętojańska

Ul.Świętojańska - estampe (le plus vieux document que nous possedons)Ul. Świętojańska – estampe (le plus vieux document que nous possèdons)

Cette rue qui mène du Château royal à la Place du Marché date du XVème siècle. Elle aura vu beaucoup d’événements importants durant son histoire. La signature de la Constitution du 3 Mai et l’attentat régicide de Michał Piekarski, entre autres. Encore beaucoup de ses immeubles cachent des reliques de l’époque gothique – un guide compétent sera en mesure de vous les faire connaître – mais c’est au XVIIIème siècle que la plupart des immeubles furent reconstruits. L’immeuble au numéro 1 est non seulement intéressant pour sa façade, mais aussi pour la plaque apposée à l’entrée. C’est dans cette bâtisse qu’aura vécu le musicien  en chef à la cour de Ladislas IV. Personnage haut en couleur qui ne maniait pas seulement les notes mais se piquait de faire des vers – mauvais – mais la postérité retiendra son nom, non pas comme un musicien ou poète de talent, mais comme celui qui aura écrit le premier guide pour Varsovie – Gościniec abo opisanie Warszawy [ Souvenir ou description de Varsovie] en 1643. Puis sous le Roi Stanislas Auguste Poniatowski, au XVIIIème siècle, ce fut au tour de l’horloger de la cour et de son atelier d’horlogerie d’occuper ses murs. Un peu plus loin nous pouvons sur la droite découvrir deux églises, élevées l’une à côté de l’autre – chose rare. La première est la fameuse cathédrale Saint-Jean et la deuxième l’église des Jésuites (Ordre mémorable dans tous les sens du terme dans l’histoire de Varsovie et de la Pologne ; de cela j’en parlerai à une autre occasion).

ul. Świętojańska (au fond le Chateau royal)ul. Świętojańska (au fond le Château royal )

La cathédrale Saint-Jean.

Cathedrale avant 1939 apres sa reconstruction entre 1901-1903Cathédrale avant 1939 et après sa reconstruction réalisée entre 1901-1903

Elle est  la plus ancienne de toutes les églises de Varsovie. Dès la fin XIIIème siècle on la consacra église paroissiale et, en 1406, elle devint collégiale, puis en 1798, sa carrière prit encore du grade, elle devint cathédrale, mais ce splendide parcourt ne s’arrêta point là – Oh que non ! – au XIXème siècle, exactement en 1817, elle reçut le titre suprême d’archi-cathédrale. Pour ce qui n’était au moyen-âge qu’une petite église en bois, avouez que sa carrière peut être jugée comme mémorable. Voilà pourquoi si vos pieds se posent sur les pierres de son parvis ne manquez pas de la visiter, car, avec un bon guide, vous aurez à la fin de votre exploration tourisitique un panorama de tous les siècles de l’histoire de la Pologne, de ses convulsions, de sa grandeur, de sa décadence et de son relèvement. Je n’en dis pas plus… Sachez seulement que sous ses ruines provoquées par la Deuxième guerre mondiale l’on a découvert la pierre tombale en marbre des derniers Ducs de Mazovie – disparus dans des conditions bien étranges, ainsi que leur superbe sœur : la duchesse Anne – Stanislas et Janusz (1524-1528).

La cathedrale aujourd'huiLa cathédrale aujourd’hui

L’église des Jésuites.

L'eglise des jesuitesL’église des jésuites

Puis là, au coude à coude, l’église des Jésuites au style renaissance. Elle fut construite grâce au Roi Sigismond III Vasa – le même qui du haut de sa colonne surveille et protège la  Vieille ville – ne commettez pas l’erreur de ne pas la visiter ; il pourrait se mettre en colère et vous sabrer ou vous rosser de sa croix qu’il tient de sa main gauche. Cette localisation – mur à mur avec la cathédrale et à deux pas du Château royal – n’est nullement le fait du hasard, mais correspondait à une volonté politque et évangélique. Elle voulait signifier et rappeler- à tous ceux qui auraient eu tendance à l’oublier – le rôle primordial joué par les Soldats du Christ lors de la Contre-Réforme… Il est intéressant de remarquer un patchwork architectural entre le style italien et nord européen qui donne encore aujourd’hui le mal de tête à tous les historiens d’art.

Le prince transforme en ours de pierreLe prince transformé en ours de pierre

Sur son parvis ne manquez pas de vous arrêtez devant l’ours qui y monte la garde. Paraît-il qu’il est l’incarnation d’un prince trop timide pour déclarer sa flamme à sa bien-aimée et que si une femme belle, pure et vierge et remplie d’amour pour lui le touche il pourra reprendre vie et quitter sa peau d’ours pour celle de prince. Je dois malheureusement ici vous avouez que depuis mes trente ans d’activité comme guide, je n’ai encore jamais rencontré une telle femme, bien que beauoup de touristes du sexe faible eusseent essayé en ma présence de métamorphoser ce morceau de pierre en un prince charmant !?

 

 

LA CLASSIQUE DES CLASSIQUES I

UNE EXCURSION EN VILLE

PL. Zamkowy (Place du Château royal) – ul. Świętojańska – ul. Piwna – ul. Zapiecek – Rynek St. Miasta (Place du marché de la Vieille Ville) – ul.Nowomiejska – ul. Freta – Rynek N. Miasta (Place du marché de la Nouvelle Ville) – ul. Zakroczymska.

Cette classique comporte la plus ancienne partie de Varsovie, la Vieille et Nouvelle Ville.

La colonne Sigismond et au fond l'immeuble John

La colonne Sigismond et au fond l’immeuble John

 

L'immeuble John - mais sans la colonne qui a l'epoque etait plus pres du chateau royal.

L’immeuble John – mais sans la colonne qui a l’epoque etait plus pres du chateau royal.

Tableau de Canaletto. L'immeuble John et la statue .

Tableau de Canaletto. L’immeuble John et la statue .

Attention : Dans la Vieille Ville et la Nouvelle Ville il n’y a pas de toilettes publiques, voilà pourquoi tout guide consciencieux et prenant soin de la santé physiologique de ses clients leur conseillent toujours – si besoin est – d’utiliser les toilettes publiques de l’immeuble, appelé John, au 89 de Krakowskie Przedmieście où se trouvent les escaliers roulants – production soviétique qui ne sont jamais tombés une seule fois en panne –  avant que de vadrouiller et flâner parmi et entre les ombres et fantômes du passé.

Les escaliers roulants de la Trace W-Z (Trasa W-Z) dans le sous-sol de l'immeuble John.

Les escaliers roulants de la Trace W-Z (Trasa W-Z) dans le sous-sol de l’immeuble John.

Varsovie est apparue à la charnière du XIIIème et XIVème siècles, lorsque les Ducs de Mazovie abandonnèrent leur castel à Jazdów (l’emplacement exact se trouve à environ 50 mètres derrière l’Ambassade de France à Varsovie) et construisirent leur château fort où se trouve actuellement le château royal. Au nord de celui-ci la Vieille Ville fut fondée avec la place du marché (Rynek St. Miasta) et un réseau régulier de rue.

Les Princes de Mazovie

Les Princes de Mazovie

D’abord on entoura la ville de remparts en terre, mais à la fin du XIVème  et au début du XVème on la dota de deux murs de défense avec portes et donjons. Ce fut aussi à cette éoque qu’au nord de la Vieille Ville apparut la Nouvelle Ville (Nowe Miasto).

La Vieille Ville possédait des maisons et immeubles de style gothique qui subirent au fil du temps et des guerres de nombreuses métamorphoses. Par contre vous pouvez découvrir du gothique pur en allant dans la grande cour (Curia Maior) du château royal.

Curia Maior

Curia Maior

Au début du XIV ème habitaient à Varsovie moins de mille personnes. Mais vers 1510 en prenant en compte les deux villes – la vieille et la nouvelle – on a pu répertorier 4700 habitants. Il arriva aussi une population du royaume de Prusse et d’Allemagne. Mais la population exogène la plus importante était constituée par les Juifs. L’on ne sait toujours pas d’où ils arrivèrent. Il en est fait mention dès 1414. Ils s’occupaient du commerce et des prêts. Les bourgeois les voyaient comme des concurrents dangereux pour leurs propres affaires et firent de nombreuses tentatives auprès du Duc pour les expulser de la vieille Ville. Celui-ci se faisait payer des deux côtés, faisant monter, si j’ose dire les enchères, et ne se pressait pas pour prendre une quelconque décision. Les Juifs habitaient dans quelques rues seulement : Piekarska, Piwna (la plus longue rue de la Vieille Ville), Wąski Dunaj et Rycerska. Ils avaient leur synagogue. Mais, à la charnière du XVème et XVIème, les Juifs furent chassés de la Vieille Ville et les rues susnommées habitées par des chrétiens. Les Juifs furent obligés d’aller s’installer en banlieue. L’arrivée de l’ordre religieux des Bernardins sonna l’heure de la fin pour eux. Cet ordre renommé à l’époque pour son anti-judaïsme arrive à obtenir du roi Sigismond le Vieux un privilège de non tolerandis Judaeis.

de non tolerandis Judaeis

de non tolerandis Judaeis

Sigismond I Vasa dit le Vieux

Sigismond I Vasa dit le Vieux

Mais le plus grand changement apparut au XVIIème : Varsovie devint la capitale de la Pologne (pas officiellement mais de facto), une banlieue commença à poindre, des[ jurydyki] [juridictions] (des villes privées dans la ville), de nombreux bâtiments de style baroque furent construits et les maisons et immeubles de la vieille ville changèrent elles aussi de style. Elles passèrent du gothique au baroque. Au XVII ème et XVIII ème la ville prenait un tel essor que la vieille ville n’était déjà plus qu’un quartier et que la vie citadine se passait déjà hors et loin de ses murs. Au XIX ème se fut la dégringolade absolue la vieille ville n’étant plus qu’un quartier totalement à l’écart, pauvre, sale et malfamé. Heureusement, en 1906, l’Association pour la Protection des Monuments du Passé [Towarzystwo Opieki Nad Zabytkami Przeszłości] fut fondée et son but fut de sauver la Vieille Ville de cette mort lente en restaurant les maisons et immeubles qui tombaient en ruine.

Au XXème siècle la situation ne changea guère malgré les actions de restauration de l’Association. Les maisons et immeubles étant surpeuplés les dévastations et dégradations continuèrent de plus bel. Les rez-de-chaussée étaient les plus vulnérables, car ils contenaient des magasins, entrepôts et des ateliers d’artisan ; ils perdirent donc  plus rapidement leur état d’origine. On retira au sein de travaux d’assainissemnt le marché de la Vieille Ville et l’on entreprit la restauration des immeubles de la place du marché. En 1936 on reconstruisit des fragments des murs de défense rue Nowomiejska et Podwale.

Les remparts et au fond la rue Podwale

Les remparts et au fond la rue Podwale

En 1944 la Vieille Ville est détruite à 90%. Elle se sera héroïquement défendue durant un mois, ce qui vu la disproportion des forces en présence relève du miracle. Mais le peuple polonais, en raison de sa position géopolitique a toujours été un peuple guerrier et les Polonais sont parmi les meilleurs soldats du monde. La résistance dans la Vieille Ville se composait de 7000 partisans. Les points les plus chauds, car stratégiques, étaient au nord : La Fabrique de billets de banque et au sud la cathédrale. À partir du 11 août  les Allemands – après avoir pris le quartier de Wola – commencèrent leur contre offensive avec une artillerie lourde et l’aviation qui va durer 9 jours. Neuf jours où la population de la Vieille Ville et ses partisans vont vivre un véritable enfer, car cette contre offensive ne connaîtra aucune trêve et dura nuit et jour. Des habitants furent enterrés vivant sous les décombres, d’autres mouraient de faim ou de déshydratation. Le noimbre de partisans furent réduit de moitié. Après leur tentative de se faire un passage au travers des positions de l’ennemi  les partisans c’est à dire les soldats de l’Armée nationaliste (Armia Krajowa – Armée du Pays littéralement) réussirent à quitter la Vieille Ville en passant par les égouts ( Le remarquable film de Andrzej Wajda Kanał – Le canal relate cette épopée) pour continuer à combattre dans les quartiers de Żoliborz,, Centre Ville (Śródmieście) et Mokotów. Le 31 août est pour Varsovie et tout Varsovien qui connaît l’histoire de sa ville un jour de deuil, car c’est ce jours-là que les soldats allemands entrèrent dans la Vieille Ville et massacrèrent les soldats, les partisans et les civils blessés quant aux autres ils les envoyèrent dans des camps de concentration dont ils ne sont jamais revenus. Non contents de leurs forfaits ils ne s’arrêtèrent pas là et placèrent dans différents endroits des explosifs pour qu’il ne reste plus aucun immeuble ou maison debout.

La Vieille Ville 1944

La Vieille Ville 1944

Après la guerre l’on s’occupa en premier de retirer les ruines. Puis 4 ans plus tard on entama des travaux de restauration/reconstruction avec l’argent obtenu par une quête nationale.

La place du château. [Pl. Zamkowy] Le plus vieux monument est la colonne Sigismond III Vasa. Sa hauteur est de 22 m et la hauteur de la statue de 2, 75.

La colonne Sigismond III Vasa

La colonne Sigismond III Vasa

C’est la première statue monumentale laique en Pologne. Elle fut érigée par Vladislas IV en 1644 à la mémoire de son père Sigismond III Vasa. Le projet fut conçu par C. Tencalla, la statue par le sculpteur C. Molli et le fondeur D. Thym. Le style est du baroque précoce. Ce monument est exceptionnel à l’échelle européenne tant par la qualité de sa réalisation : une totale harmonie entre les éléments architecturaux et sculptés que par sa signification : un roi est déifié, ce qui ne plaisait nullement aux soeurs du couvent d’en face. (Ce couvent se trouvait entre le château et l’église Saint-Anne. Détruit au XIXème).

(La suite de cette classique dans trois jours comme de coutume.)

 

NOËL EN POLOGNE

 La Noël est la fête la plus importante ici. Et bien que la Pologne soit elle-même devenue une société de consommation, que les membres d’une même famille vivent souvent, en raison de leurs obligations professionnelles, à des centaines de kilomètres les uns des autres, Noël reste une fête de famille ayant un caractère fortement religieux.

Probablement que tout le pathos lié à cette fête provient que durant leur histoire plus souvent tragique que heureuse les Polonais se retrouvèrent séparés en raison des vagues d’émigration successives. C’est d’ailleurs encore le cas aujourd’hui où beaucoup de polonais – diplômés ou non-diplômés – partent à l’étranger pour trouver du travail et des droits sociaux.

Des déportés polonqis en Sibérie fetent Noel- Tqblequ de jacek malczewski
Des déportés polonais en Sibérie fetent Noel- Tableau de jacek malczewski

L’état de guerre aura été déclaré le 13 décembre 1981,par le général aux lunettes noires,  et cette année-là le Réveillon ne fut pas des plus gais…

jaruzelski
jaruzelski

 

Le repas de Noël est le reflet de certaines croyances des anciens Slaves, revues et corrigées au moyen-âge. Car si cette fête est liée à la religion catholique, certaines denrées comme le pain azyme, le miel, le pavot et les champignons que l’on retrouve dans chaque foyer polonais – chez les riches comme chez les pauvres – firent leur apparition bien avant l’arrivée des premiers chrétiens, en Pologne. Elles étaient alors offertes aux « habitants « de l’autre monde et servaient à les fêter et les honorer.

Mais bien que le Réveillon soit une cérémonie extrêmement ancienne, sa forme contemporaine provient en grande partie du XIXème siècle ; siècle qui popularisa  en Pologne le sapin de Noel – tradition provenant d’Allemagne.

Les voeux et le pain azyme
Les voeux et le pain azyme

Encore aujourd’hui dans certaines campagnes polonaises l’on rompt le pain azyme en souhaitant nos vœux de Noël avec les animaux domestiques et le bétail.

Pour les chasseurs il existe une chasse de Noël où l’on ne tire aucun coup de feu, par contre l’on rend hommage aux gibiers et l’on rompt le pain azyme.

Cette tradition de rompre le pain azyme tout en offrant nos vœux se retrouve dans toute la Pologne. La table doit recouverte d’une nappe blanche ; symbole de la pureté virginale. L’un des couverts doit rester vide pour un proche de la famille resté au loin ou un invité de dernière minute.

La table de Noel
La table de Noel

La tradition exige aussi que l’on ne s’attable qu’à l’apparition au firmament de la première étoile. La table doit être dressée avec douze plats. Ceux-ci symbolisent les douze apôtres. Ces douze plats sont toujours les mêmes, mais il peut, selon les régions, y avoir certaines variantes.

Ne passant le Réveillon de Noël que dans ma famille, je me permettrais donc de relater ici ce qu’à ma table l’on mange :

  • Carpe à la gelée (dite « à la juive »)
  • carpe a la juive
    carpe a la juive
  • Hareng (sous différentes formes et variantes) ; saumon fumée ; anguille fumée ; caviar noir
  • Deux genres de soupe (de betterave et de champignon)
  • Carpe chaude (Carpe que l’on a fait revenir sur une poele)
  • Choux avec des pois en cosse
  • Champignons pannés
  • Pierogi (genre de ravioli ou pâte farcie au chou et champignon)
  • pierogi
    pierogi
  • Petits gâteaux secs au pavot et raisins
  • Gâteau au pavot
  • Sernik (Gâteau au fromage)
  • sernik
    sernik
  • Piernik (pain d’épices)
  • Champignons (en conserve „Maison”)

(Compote aux fruits secs (prune, pomme, abricot)

Après avoir parlé du manger, parlons du boire. Sur cette question si délicate les avis sont partagés ; certaines familles estiment que l’on ne peut consommer un quelconque alcool ; ils se réfèrent parfois même sans le savoir à la tradition du jeûne, du jour maigre. Pour ma part, comme certains de mes ancêtres obtinrent des dérogations auprès des évêques sur cette question délicate, je continue – joyeusement – la tradition familiale. Donc il y a sur la table : Whisky (en apéritif),  Vodka ; Vin blanc et vin rouge (surtout pour les femmes) ; alcools forts, notamment un cognac d’Arménie et différentes liqueurs faites « maison ».

Bon Noël

 

 

PATRIOTE, HEROS ET… MAÇON

Il aura été jusqu’à la fin du XIXème siècle le symbole de la résistance et lutte des Polonais pour recouvrir leur indépendance. Et pourtant vous ne trouverez dans tout Varsovie que cette statue de lui que les guides touristiques passent sous silence.

statue de Łukasiński
statue de Łukasiński

La deuxième trace de son existence vous la trouverez (à condition d’avoir un guide compétent) au cimetière Powązki. Non pas parce qu’’il y est enterré. Oh que non ! D’ailleurs jusqu’à aujourd’hui personne ne sait vraiment où reposent  ses restes !? Personne ne sait ce que la toute puissante Russie n’aura fait de lui après sa mort. Il est probable, mais pas certain, qu’il fut jeté dans la fosse commune de la forteresse  où il était détenu, puis mourut dans le plus grand secret

la forteresse de chlissebourg
la forteresse de chlissebourg

Il ne reste de lui que des Mémoires admirables, hélas jamais traduites.

Il s’appelait Walerian Łukasiński. Le seul portrait que l’on a de lui n’est même pas d’après nature, mais provient de l’imagination de l’artiste, F de Vilain. Cet artiste ne pouvait faire autrement ; pour cause : Walerian était déjà emprisonné quand cette lithographie fut produite puis tiré

lithographie
lithographie

Łukasiński, le commandant Łukasiński, passa plus de la moitié de son existence en prison, dans les geôles russes. Tout d’abord arrêté en 1822, puis mit au secret par le grand-duc Constantin qui le mit au secret jusqu’à sa condamnation à neuf ans de travaux forcés.

le grand duc Constantin
le grand duc Constantin

Chose curieuse, étonnante, bizarre, au bout de « ses » neuf ans il ne fut nullement libéré et mourut après… 46 ans de détention !

Qui était cet homme, ce Varsovien, ce Polonais, ce soldat exemplaire, cet intellectuel de haute volée, qu’avait-il fait et que pouvait-il encore faire pour faire si peur à l’ours russe ? Et, pas qu’à lui,  comme nous allons le voir.

Il naquit le 15 avril 1786, à Varsovie et habita dans cette rue Przyrynek[1] qui débouche sur l’église du Saint sacrement (cf La classique) et de l’autre côté sur l’un des plus vieux monuments de Varsovie : l’église de la Visitation de la Très Sainte Vierge Marie.

eglise de la Visitation de la Tres Sainte Vierge Marie
église de la Visitation de la Tres Sainte Vierge Marie

Et il mourut, loin de la Pologne, le 27 janvier 1868, à Chlissebourg (près de Leningrad), dans l’une des pires prisons-forteresses de la Russie impériale.

cellule-de-la-prison
                cellule de la prison

Né dans une famille de la petite noblesse il rentra dans l’armée, à l’âge de 21 ans, et devint vite célèbre, notamment après s’être conduit héroiquement à ce qui deviendra la célèbre bataille de Raszyn (à côté de Varsovie). C’est le Prince Joseph Poniatowski, en personne, le futur Maréchal de France, qui non seulement le félicitera, mais le nommera commandant. Par ses hommes il sera alors appelé « le commandant de fer » !

la-bataille-pres-de-raszyn-1809 de Juliusz Kossak
la-bataille près de Raszyn,1809; de Juliusz Kossak

Il était comme tous les patriotes polonais de cette époque un ardent défenseur et admirateur de l’Empereur Napoléon. En 1812, trois  avant la chute du Duché de Varsovie il travaillera au Ministère de la Guerre. Il y fut très actif. Il recréa entre autres une armée polonaise capable de tenir tête à la gourmandise de ses puissants voisins. Puis il se battra en Silésie, en Saxe, à Dresde, en faisant toujours preuve d’un courage exemplaire au feu mais aussi d’une clairevoyance intellectuelle pour déterminer les enjeux tactiques et stratégiques des combats auxquels il prenait part.

Deux ans après la chute du Duché de Varsovie il se décidera à réintégrer l’Armée polonaise sous le boisseau de l’occupation russe. Il avait déjà en tête le projet de fomenter une insurrection contre le pouvoir Tsariste qui de facto était le maître absolu du Royaume de Pologne.  Pour se faire il constitue lui-même la Franc-maçonnerie nationale et des loges où les militaires et futurs insurgés pour l’indépendance totale et sans compromis peuvent se rencontrer et comploter en toute tranquilité et dans le plus grand secret. En fondant cette Franc-maçonnerie son objectif était clair et précis : l’indépendance de la Pologne. Malheureusement le pouvoir tsariste et ses espions après quelques tentatives d’infiltration ratées, grâce à la vigilance et l’intelligence de Walerian, décida d’interdire toute activité maçonnique en Pologne. Nous étions en 1821. Cela ne découragea pas le rebelle, qu’était Łukasiński, qui alors ouvrit sa propre Association patriotique que l’on retrouvera à la fois dans les territoires sous « le protectorat russe » que dans ceux qui étaient dirigés par les Prussiens. Mais, au bout d’un an il fut dénonçé, arrêté, puis incarcéré .

Interrogé par la Police tsariste, torturé, il ne livra aucun nom et se proclama le seul responsable et membre de cette Association patriotique . Fatigués de son silence et s’apercevant qu’ils ne pourront rien tirer de lui les Russes finirent par le dégradé en place publique et l’emmenèrent au sud-est de la Pologne, à la forteresse de Zamość. A peine arrivé sur les lieux, Łukasiński réussit à organiser une révolte des prisonniers politiques, malheureusement elle est matée et il doit passer devant un peloton d’exécution. Au dernier moment le Grand-Duc Constantin transforme la sentence de mort en 9 années de prison, dans l’isolement le plus total. Deux ans plus tard, dans le plus grand secret, le Grand-Duc le fait revenir à Varsovie dans l’espoir de tirer de lui  des noms importants dans le mouvement indépendantistes qui prend de plus en plus d’ampleur, mais Łukasiński une fois de plus se tait. Alors son destin est à tout jamais scellé. Alors que l’Insurrection polonaise de Novembre 1830 bat son plein, Łukasiński, gardé par des soldats russes part pour la Russie, sans qu’aucun de ses anciens « frères » ne lève le petit doigt pour le sauver. La fraternité n’est  ni amitié, ni camaraderie.

Après la mort de Mikołaj I son successeur Alexandre II ne veut pas entendre parler de la libération du prisonnier et rebelle : Łukasiński, alors qu’il est en train de gracier presque tous les prisonniers de droit commun.

Et, ce ne sera qu’en 1862, à 70 ans, grâce au nouveau directeur de sa prison, polonais d’origine qu’il lui sera permis d’obtenir du papier pour commencer à écrire ses mémoires.

les mémoires
les mémoires

En voici un extrait : «  Les Polonais sont francs et ouverts ; ils se lient facilement et ils croient celui qui se comportera vis-à-vis d’eux de la même façon. Plusieurs fois trompés, il leur était difficile de croire en d’incertaines promesses, mal proposées et si mal réalisées à leur début pour que ces dites promesses soient sincères. » Rien à ajouter, rien à retirer. Ces mots d’ailleurs s’appliquent à tous les combats indépendantistes d’hier et d’aujourd’hui.

Quel dommage que ses Mémoires ne soient point traduites en français. Elles constituent entre autres une admirable leçon de tactique et de stratégie pour toute lutte indépendantiste. Voilà sans doute pourquoi elles ne sont pas traduites…

Łukasinski

Plusieurs historiens polonais se sont posé la question de savoir pourquoi Łukasiński fut totalement oublié de « ses » frères qui existaient et gravitaient même autour de Mikołaj I et d’Alexandre II. Personne ne donne de réponse satisfaisante, faute de documents qui pourraient étayer de manière irrefutable la thèse proposée.

Quant à moi, après avoir visité, il y a quelques années de cela au Musée de Varsovie, une exposition sur la Maçonnerie polonaise, organisée par des « Frères » et avoir pu remarquer l’absence total de mis en avant du personnage et héros Łukasiński j’avance cette hypothèse : Walerian Łukasiński était avant tout un patriote, un indépendantiste, un héros et maçon il ne l’aura été que pour échapper aux regards des espions tsaristes… Hypothèse étayée par l’absence de documents même  à cette exposition comme ailleurs.

[1] Rue aujourd’hui complètement oubliée et c’est dommage. Jusqu’en 1700 elle s’appelait Morgami (trad. Avec les arpents).

LA CLASSIQUE DES CLASSIQUES XII

Eglise et couvent du Saint-Sacrement – Eglise de Saint Benon

église du saint-sacrement
          église du saint-sacrement

Cette église a été érigée grâce à la cassette  de la reine Maria Kazimiera Sobieska (nom de jeune fille: La Grange d’Arquien) en honneur à la victoire de son mari, le roi, Jean III Sobieski, pour sa victoire contre les Turcs aux portes de Vienne, en 1683. L’architecte est le grand et fameux Tylman z Gameren. Ce fut la reine qui appela en Pologne, pour la première fois, cet ordre des Bénédictines  qui existent jusqu’à ce jour.

Maria kazimiera Sobieska
Maria kazimiera Sobieska

Cette église est de style baroque, les plans s’inspirent de la Croix grecque, surmontée d’une coupole.  A l’intérieur vous pourrez admirer le tombeau de la petite-fille du roi et sa dernière descendante: Marie Caroline de Bouillon. Celle-ci fut toute sa vie une bienfaitrice pour cette église et son couvent.

tombeau-de-marie-caroline-de-bouillon
tombeau-de-marie-caroline-de-bouillon

Lors des offices religieuses vous pourrez entendre, mais non pas voir, les nonnes qui de leur voix d’ange accompagnent les messes. Elles sont en effet cachées par un grand portail, à droite, au fond de l’église.

les nonnes
                            les nonnes

Cet ordre religieuse des Bénédictines étaient un ordre très élitistes, réservé aux jeunes filles des plus grandes familles polonaises, mais pas seulement, car on y trouvait des représentantes de l’aristocratie d’autres pays, telle que Adélaïde de Bourbon.

louise adelaide de Bourbon Condé
louise adelaide de Bourbon Condé

http://www.abbaye-limon-vauhallan.com/histoire/histoire.php

Cette élitisme perdure jusqu’à aujourd’hui sous  sa forme la plus pure : la claustration, pour s’adonner et se recueillir sur un seul point : l’adoration du Saint-Sacrement.

L'adoration du Saint-sacrement
          L’adoration du Saint-sacrement

Dans ce couvent pouvait aussi venir rechercher la paix du Christ et son pardon des personnes de l’aristocratie n’ayant pas fait vœu de chasteté et qui même y venaient durant une crise maritale, telle que Maria Czartoryska Wurttemberg, l’auteur d’un best seller de l’époque « Malvina ou la sagacité du cœur » (1816).

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Maria Czartoryska Wurttemberg
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                  Malvina

Les nonnes faisaient aussi l’école et étaient réputées pour leur lutte contre toute russification. Mais, comme il sied « aux gens biens nés » elles surent aussi que toute vraie tradition est chose vivante et « violèrent » la règle de leur ordre quand le peuple de Varsovie demanda de l’aide. Quand le soulèvement de Varsovie éclata, elles ouvrirent toute grandes leurs portes,ce qui n’avait jamais été fait durant 250 ans pour transformer elles-mêmes, de leur propre initiative, leur couvent en un hôpital où non seulement elles soignèrent mais nourrir gratuitement (grâce notamment aux immenses jardins qu’elles possèdent toujours – derrière le couvent côté Vistule, mais qui ne sont pas visitables, du moins pas pour tout le monde) tous les blessés qui se présentèrent. Pour leur héroisme 35 sœurs payèrent de leur vie, et ce le 31 août 1944, quand l’armée allemande pilonna spécialement leur couvent-hôpital.

l'ensemble architectural
        l’ensemble architectural
une infime partie du jardin
               une infime partie du jardin
ce 31 aout 1944
                       ce 31 aout 1944

Vous pourrez aussi admirer « la petite fenêtre » par laquelle une des sœurs communique avec le monde extérieur quand un besoin pratique s’en fait sentir. Elle date de 1745 et a échappé au pilonnage.

Cet endroit est sans aucun doute l’un des endroits les plus respectés par les Varsoviens – de sang ou de cœur – et le pape Jean Paul II ne manqua jamais une occasion lorsqu’il venait en Pologne de lui rendre hommage ainsi qu’aux sœurs qui s’y trouvent toujours enfermées pour se vouer à l’Adoration.

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    saint-klemens-hofbauer

Entre l’église et le couvent vous pourrez voir une scuplture de style moderne. Elle date de 1932 et représente un Rédemptoriste : le Père Jan Klemens Maria Hofbauer arrivé en Pologne de Moravie en 1787. Il se fit remarquer par ses célèbres sermons et ses activités pédagogiques. Le Tsar, en 1808, le retira de sa fonction à la tête de la paroisse de l’église de Saint Benon. Eglise que vous pouvez découvrir, en prenant à gauche et qui se trouve juste derrière l’église du Saint Sacrement.

eglise-de-saint-benon
eglise-de-saint-benon
eglise-de-saint-benon-interieur
eglise-de-saint-benon-interieur

L’église est toujours dans les mains des Rédemptoristes et « pour l’anecdote » c’est ici que vient se receuillir, tous les dimanches, l’éminence grise du gouvernement actuel : Monsieur Jarosław Kaczyiński. Mais rassurez-vous ce quartier nous réserve encore bien des surprises. Demain je vous parlerai d’un franc-maçon, à la fois célèbre et oublié…

A demain si vous le voulez bien !

LA CLASSIQUE DES CLASSIQUES (Suite XI)

Ul. Freta – l’immeuble Pod Samsonem – L’église et le couvent du Saint-Sacrement.

Après vous être « recueilli » au pied de la chapelle des Kotowski ; ce Jan Kot, puis Kotowski, car annobli qui aura non seulement réussi, mais était arrivé à tout, sauf à une chose, celle d’avoir une descendance, vous sortez de l’église et tournez votre regard vers la droite. Devant vous une rue forte intéressante – la rue Długa (la longue rue) – que nous ne prendrons pas aujourd’hui, mais n’ayez crainte nous y reviendrons, car elle vaut le détour.

Sur votre droite, en quinconce, vous pouvez découvrir un très charmant immeuble au numéro 5 : l’immeuble Pod Samsonem qui date de la deuxième moitié du XVIIIème siècle.

Immeuble nr5 Pod Samsonem
      Immeuble nr5         Pod  Samsonem

Sur le côté droit de la rue, en direction de la place du marché de la Nouvelle Ville, au numéro 16, l’immeuble où est née. Le 2 février 1867, Marie Skodowska-Curie. Une plaque commémorative est apposée sur la façade.

Marie Curie
     Marie Curie
maison natale de Marie Curie
   maison natale de Marie Curie

C’est dans cette immeuble que le 26 août 1944 les membres du quartier géneral du district de Varsovie de l’Armée du Peuple périrent. Une plaque rappelle aussi cet événement.

A l’endroit où la rue Świętojerska rejoint la rue Freta commence de facto la Nouvelle Ville. Dans cette rue Świętojerska se trouvait la plus ancienne église de Varsovie – l’église Saint-Georges (kościół p.w. św. Jerzego z XIV w. – du XIVème siècle, malheureusement d’affreux garages en tôles sont maintenant à sa place.

Le premier document quant à l’existence de la Nouvelle Ville remonte à 1408. Cette ville vit sans aucun doute possible le jour à la fin du XIV. La très grande place du Marché, situé exactement sur la vieille voie qui conduisait de Varsovie à Zakroczym, au nord. Au Nord-est de cette place on édifia au XVème une église paroissiale. Au milieu de la place du Marché se trouvait l’Hôtel de Ville que l’on démollit au XIXème siècle, en 1818 exactement. La Nouvelle Ville contrairement à la Vieille Ville n’étaient entourée d’aucune fortification. Ce sera au XVII ème siècle, que le côté est de la place sera doté de ce très bel ensemble architectural que l’on peut admirer jusqu’à aujourd’hui : L’église et le couvent du Saint Sacrement. Jusqu’au XVIIIème siècle tous les bâtiments d’habitation étaient en bois et plusuieurs fois périrent sous les flammes, les invasions, les guerres.

De quoi s’occupait donc la population de cette Nouvelle Ville – trop pauvre pour s’installer, au tout début de son implantation, dans la Vieille Ville, puis trop nombreuse par la suite ? Jusqu’à la fin du XVIIIème elle était composée en grande partie d’artisans, puis au XIXème d’ouvriers qui participèrent activement et corageusement dans les combats et insurrections pour l’Indépendance de la Pologne. Un exemple : durant  l’Insurrection de Novembre les habitants aidèrent l’armée à prendre d’assaut l’arsenal. Juste avant l’Insurrection de Janvier vit le jour, là où vous êtes actuellement,  une organisation secrète composée d’ouvriers, dont la plupart travaillaient dans une usine de métal – l’usine Ewans – (construite, ironie du sort, mais les plans de la Providence sont impénétrables !  à la place de la fameuse églsie Saint-Georges, là où se trouvent maintenant…  les garages en tôle – /t de surcroît) . Les membres de cette organisation confectionnaient de leurs mains de très bonnes grenades. L’on peut donc dire d’eux qu’ils étaient une main-d’œuvre non seulement très bonne mais aussi exemplaire. Par les temps qui court, voilà une chose qui se perd ! Malheureusement la police tsariste démasqua leur organisation  en 1862 et la plupart furent pendus à la Citadelle, ce lieu macabre que j’aurai l’occasion de vous faire connaître et qui jusqu’à aujourd’hui rempli d’effroi.

l'usine Evqns
                            l’usine Evans

Au moment du soulèvement de Varsovie la Place fut détruite à 86%. Ce sera entre 1949-1955 qu’elle sera reconstruite ; hélas avec une grande fantaisie  dans la référence au XVIIIème car teintée de l’idéologie communiste. Pour vous en convaincre observez les polychromies « contemporaines ».

pompe à eau
              pompe à eau

Sur la place une pompe à eau portant fièrement le blason de la Nouvelle Ville vous tiendra compagnie, alors que vous pourrez contempler l’œuvre de Tylman z Gameren.

église et couvent du saint-sacrement
       église et couvent du saint-sacrement
La destruction
                            La destruction
La reconstruction
                    La reconstruction

La nef et le coeur

à demain, si vous le voulez bien!

 

 

 

LA LANGUE POLONAISE

La langue polonaise est la langue officielle de la République de Pologne qui compte à ce jour presque 39 millions d’habitants. Mais cette langue est aussi parlée par un très grand nombre d’émigrés, notamment aux Etats-Unis, au Canada, en Russie et en Europe occidentale.

carte de la Pologne
carte de la Pologne

Sur tout le territoire national les divergences de prononciation sont peu importantes – beaucoup moins que pour la langue française – et les particularismes locaux dans le domaine du vocabulaire ne gênent aucunement la compréhension.

les langues indo-européennes
les langues indo-européennes

Tout comme les langues romanes (français, italien, roumain etc…),  germaniques (allemand, anglais etc…), baltiques (lituanien, letton etc…) et les langues celtiques (breton, cornique, gallois etc…), les langues slaves appartiennent à la grande famille indo-européenne. Ces langues slaves forment trois groupes distinctes.

carte des langues slaves
                  carte des langues slaves

Au Sud, le slovène, le serbo-croate et le macédonien, puis le bulgare en Bulgarie.

A l’Est, en Russie, le russe, le bièlorussien et l’ukrainien.

A l’Ouest, le polonais bien entendu, le tchèque, le slovaque, le haut-sorabe et le bas-sorabe en Lusace (ces deux dernières en voie d’extinction malheureusement).

Toutes ces langues, au fil de l’histoire et de leur histoire, font perdurer ce que l’on appelle le slave commun. Ce slave commun est une langue non écrite, mais qui fut parlée environ au milieu du premier millénaire de notre ère.

manuscrit en vieux polonais
manuscrit en vieux polonais

Par contre le vieux slave (dès le IXème siècle) est très important pour les historiens de la langue polonaise, bien qu’il n’aura pas eu d’influence au niveau des textes religieux (comme en Russie ou en Bulgarie par exemple) car la Pologne a reçu le christianisme de l’Occident et est en majorité catholique ; voilà pourquoi son écriture est latine et non pas cyrillique.

Dès le haut moyen-âge les textes étaient tous écrits en latin. Du XIV au XVI ème siècle la plupart des écrits étaient religieux ou judiciaires. Ce ne fut qu’au milieu du XVIème siècle que vit le jour une littérature laïque, notamment avec le grand poète et humaniste Jan Kochanowski.

Jan Kochanowski
Jan Kochanowski

JAN KOCHANOWSKI OU LE POETE POLONAIS PAR EXCELLENCE

Le polonais ne possède pas d’article, comme la grande majorité des langues slaves, par contre il possède une déclinaison qui est à prendre avec des pincettes si l’on veut vraiment la posséder jusqu’au bout de la langue.  Il y a un masculin, un féminin plus un neutre, mais en plus de cela le masculin se divise encore en trois : masculin-personnel, masculin-animal et masculin inanimé.

Les verbes polonais à l’aide d’une préfixation extrêmement riche et complexe permet à la langue polonaise d’exprimer les plus subtiles nuances et distinctions sémantiques que le français lui sous-entend. Si pour un néophyte cette langue apparaît tout d’abord toute en chuintante, au fur et à mesure qu’il pénètre dans cet univers linguistique, il découvre une langue très belle, car non seulement très précise, mais toujours nimbée d’un baroquisme exacerbé.

L'alphabet polonais
L’alphabet polonais

Aux 26 lettres simples de l’alphabet néo-latin viennent s’ajouter 9 lettres transformées par un signe diacritique. Pour a et e ce sera le crochet souscrit : ą et ę, puis il y aura  l’accent aigu pour le c, n, o, s, z : ć,ń, ó, ś, ź et la barre transversale pour le l : ł et le point suscrit pour le ż.

Comment apprendre non pas le polonais, mais des rudiments de polonais ? Mon expérience de plus de trente ans me dicte de vous répondre : parmi les Polonais qui sont les gens les plus aimables et les serviables lorsqu’ils rencontrent des étrangers qui tentent de parler leur langue. Langue pour laquelle ils auront combattu si longtemps et qu’ils ont su sauvegarder et protéger  de plus d’un des périls colonisateurs qu’ils durent combattre, les armes à la main, durant leur histoire si mouvementée.

Un partisan
Un partisan

Rozszumialy sie wierzby placzace                               Les saules pleureurs ont frémi,

Rozplakala sie dziewczyna w glos                La jeune fille a pleuré à chaudes larmes

Od lez oczy podniosla blyszczace                                        Puis a posé ses yeux luisants

Na zolnierski, na twardy zycia los.                                       Sur le triste sort du soldat.

 

Nie szumcie wierzby nam.                                                    O saules, ne frémissez pas.

Z zalu co serce rwie,                                    Avec cette douleur qui arrache les coeurs,

Nie placz, dziewczyno ma,                                                    Ne pleure  pas, ma fille,

Bo w partyzantce nie jest zle.                            Car chez les partisans, c’est pas si mal.

 

Do tancza graja nam                                                             Ils jouent pour que l’on danse

Granaty, wisow szczek,                                         Grenades, crissements de mâchoires,

Smierc kosi niby lan,                                                            La mort fauche au plus bas,

Lecz my nie wiemy co to lek.                       Mais nous ne connaissons pas la défaite.

 

Bloto, deszcz, czy sloneczna spiekota                           Boue, pluie ou soleil de plomb

Zawsea slychac miarowy, rowny krok,           Toujours, on entend ce pas régulier, cadencé,

Maszeruje ta lesna piechota                   C’est l’infanterie de la forêt qui marche

Na ustach spiew, spokjna twarz, pogodny wzrok.             Une chanson aux lèvres, le visage calme, le regard joyeux.

 

Nie szumcie wierzby nam….                                                   O saules, ne frémissez pas….

 

I choc droga sie nasza nie konczy,                    Et même si notre route n’en finit pas,

Choc nie wiemy. Gdzie wedrowki kres,            Même si nous ignorons quelle sera notre fin,

Ale pewni jestesmy zwyciestwa,                               Nous sommes sûrs de la victoire,

Bo przelano juz tyle krwi i lez.                            Car il y a déjà eu tant de sang et de larmes versé.

 

Nie szumcie wierzby nam….                                                    O saules, ne frémissez pas…..

(traducteur inconnu)

Note: Le chant des partisan polonais „Rozszumialy sie Wierzby placzace” (les saules pleureurs ont frémi) a été écrit en 1942 par Roman Szlezak sur une mélodie reprise d’un chant des troupes russes blanches (fidèles au Tsar) durant la Révolution Russe de 1917 : „l’adieu des femmes slaves”

Jamais un Polonais ne vous fera une remarque désobligeante à une faute de prononciation que vous aurez commise. L’on ne peut pas en dire autant de beaucoup d’autres peuples…

Alors lancez-vous ! Zapraszamy!