UN TABLEAU-UNE OEUVRE de Dominique Spanier

J’ai découvert il y a peu le travail de Dominique Spanier par cette œuvre :

oeuvre de Dominique Spanier

Dont j’avais d’ailleurs écrit le très court commentaire suivant : „Cette artiste met à mal notre perception, mais toujours pour le plus grand bien de cette dernière. Ses oeuvres se présentent à nous dans toute leur nudité plastique, et pourtant elles retiennent et détiennent à jamais une part de leur secret indivisible à notre perception. Jamais partitions abstraites de signes et de traces elles restent gravées dans notre mémoire comme des actes sublimes d’une sensibilité féminine exacerbée jusqu’à fleur de peau.”

Et aujourd’hui je suis époustouflé par celle-ci :

oeuvre de Dominique Spanier

D’où me vient un tel émerveillement devant l’univers de cette artiste-peintre qui, au pays du soleil, sur les bords de la Méditerranée, à Saint-Raphaël, pour dire toute la vérité, crée toujours un « je ne sais quoi » qui littéralement m’obsède ?

Loin de moi ici l’envie d’analyser philosophiquement ce qui est du ressort du pur senti, d’une intuition saisie et bonnifiée par le coup de pinceau de cette peintre à la technique parfaite qui comble de perfection, ô combien, sait se faire oublier pour livrer à mon regard cet entrelas de signes, ce mélange de couleurs, cette architecture formelle où, notamment, certains a-plats par une dynamique interne font surgir l’émotion.

Cet émerveillement, si je peux ici oser tracer le sillon pour une éventuelle interprétation, vient chez moi de l’interrogation qui se traduit par cette question : Mais qu’est-ce que c’est ? J’essaye donc de ramener l’objet de ma perception – en l’occurrence le tableau – sous une catégorie ontologique précise, mais voilà que cette catégorie, après m’avoir taper dans l’œil, se défile, s’échappe, s’évanouit, tout en continuant cette fois à me faire de l’œil par ce chatoiement de couleur et l’absolue rigueur de la composition que je n’arrive jamais à conclure : c’est ça !

En un mot l’art pictural de Dominique Spanier qui ne contient jamais et grand dieu heureusement, ou mieux : que dieu soit loué, aucun maniérisme cache toujours une construction remarquablement logique et en même temps si complexe qu’elle relève pour moi de l’ordre des arrière-mondes, des profondeurs de l’inconscient, et pas seulement celui de l’artiste, mais du mien, que jamais mon œil n’en épuise le sens. Et je dirai mieux : chaque œuvre de cette artiste génère pour moi à l’infini du sens, ce qui crée mon émerveillement, un émerveillement qui relève de l’extase, et du vôtre je l’espère bien.

Qu’il est doux pour moi de savoir que sur les bords de la Méditerranée, une femme peintre, telle une déesse de la grèce antique, fait renaître entre ciel, terre et mer, la plénitude des Dieux grecs sans pour autant omettre le chaos de notre modernité. Dominique Spanier est de ces artistes, ils sont rares, qui ne cherchent jamais mais qui toujours trouvent… ces sublimes voies du silence pictural qui savent si bien toucher nos âmes.

POST-SCRIPTUM OU L’ART DE S’AMUSER de Gilles Renard

Les riches vont en voiture,

Les pauvres vont à pied,

Nous, nous amusons...
les tziganes m’ont toujours aidé, ce qui ne fut pas toujours le cas chez les sédentaires…

Bonjour à vous mes „ami(e)s” internautes,

Aujourd’hui, je suis arrivé à la fin de ce voyage que fut ma vie d’errance. Allongé, il y a encore quelques jours sur un lit d’hôpital, j’ai entendu la femme vivant encore à mes côtés, compter avec moi le nombre de demeures, taudis et châteaux où j’ai bien pu habiter depuis ces 54 années. Le nombre en était de 42, sans compter bien sûr les nuits à la belle étoile ou dans les lits de ces femmes que je rencontrais lorsque dans mes nuits blanches je broyais du noir et me noyait dans des paradis artificiels qui auront été, sont, et j’espère malgré mon état de délabrement physique actuel, seront les plus fidèles des fidèles de ma vie d’insomnies quoique les meilleurs de mes compagnons de cette enfance perdue y ont laissé leur peau.

Le Château de Hac qui aura survécu aux révolutions, pas aux hommes…

Ne pouvant plus sortir de chez moi qu’avec la plus grande difficulté j’ai décidé d’abandonner mes visites guidées, tout comme auparavant j’avais pris la décision de ne plus jamais tourner un seul film ou diriger la moindre pièce de théâtre; rencontrer des producteurs plus bêtes que mes  pieds ou négocier avec une télévision publique, qui ressemble plus à une fille publique ne pouvant s’échapper de

Gilles, au musée du cinéma lodz 1993/1994; lors d’un dérèglement de tous les sens, au propre du terme…

Sodome et Gomorrhe qu’à la Tour de Babel, était devenu pour moi de plus en plus insupportable et je n’ai pas voulu finir comme ce très grand metteur en scène polonais, un de mes professeurs à l’Ecole de Cinéma et de Théâtre de Lodz, Andrzej Brzozowski, qui de désespoir de ne pas tourner s’est jeté de son huitième étage de Ursynow dans le vide. Il y a de cela dix ans déjà.

Andrzej Brzozowski, le plus grand cinéaste que j’aurai connu. https://youtu.be/yRwu39C17nM

Ce blog sur Varsovie n’a plus de raison d’être sous sa forme actuelle; il ne peut rester mon blog que si je trouve une nouvelle formule (pour employer un mot en vogue); mais cette formule ne sera nullement mercantile, n’ayant rien de commerciale. En effet : je ne recherche aucun client, comme d’ailleurs j’en aurai recherché si peu tout le long de ma vie et à vrai dire jamais; ceux qui seront venus à moi le sont venus d‚eux-mêmes. Et n’ayant jamais rien demandé aux hommes je n’aurai reçu d’eux que ce qu’ils voulurent bien m’offrir.

Préfèrant ma bibliothèque à tout autre endroit du monde c’est parmi et entouré de mes livres que j’ai envie de parler, de converser et conférer avec des internautes que je ne verrais jamais en chair et en os. J’aime déjà en suivre quelques-uns, notamment et surtout des artistes; oui, jai toujours aimé admirer le travail artistique des autres et je leur ai toujours souhaité de rencontrer le succès qu’ils méritent à mon sens, dans ce monde qui trop souvent feind de ne plus savoir où habite le beau.

Daniel Boulanger, chez lui, à Senlis,i l pouvait durant des heures ne parler que de lui…https://youtu.be/yRwu39C17nM

Si je ne lis que des auteurs morts – comme me disait deux ans avant sa mort Daniel Boulanger „car vous risquez moins d’être déçu” – petit à petit, ma sédentarité forcée aidant je me mets à l’écoute de la modernité et de son incroyable ébullitions et éclatements de tout modèle qu’il fût artistique, social ou politique. L’époque que nous vivons est remarquable, car personne ne sait de quoi elle accouchera: l’embryon est bien là, mais de sexe inconnu tout comme d’ailleurs son génotype, sans parler de son futur phénotype…

Et voilà le mot lâché: la politique. Certains m’ont d’ailleurs reproché sur le Net de ne pas m’en tenir à Varsovie et sa région comme s’il était honteux de nos jours de commenter la vie politique lorsque l’on est un simple citoyen comme moi : un citoyen sans qualités? Pourtant tout citoyen a des qualités et la première est d’être citoyen et faire preuve de citoyenneté. Rien de ce qui se passe dans la Cité qu’elle soit française ou polonaise ne m’est étranger, et jamais ne le sera!

l’agora grec où chaque citoyen pouvait parler de politique; c’est plus le cas aujourd’hui…

Opublikowany przez Varsovieguide na 8 lutego 2017

Mais la poésie est aussi pour moi un grand sujet d’intérêt et de réconfort; elle l’a toujours été. Il y a trente huit ans sur les routes de France que je parcourais en long et en large en auto-stop je n’avais dans ma musette qu’un seul ouvrage : Rimbaud Œuvres aux belles éditions Garnier Frères. Je l’ai d’ailleurs toujours puisqu’il repose en ce moment sur le bureau d’où je vous écris.

Rimbaud et les Editions Garnier Frères, beaucoup de livres perdus, mais jamais celui-là…

L’amitié aura été la plus grande de mes passions et je n’ai pas été déçu des hommes en ce sentiment. Peut-être ai-je ressenti le besoin d’écrire en ce jour ce texte dont je ne connais point encore le titre; car mon ami de longue date, Raymond Labiche n’est plus; la mort arrive toujours trop vite pour les êtres que l’on aime. Cela ne devrait pas nous surprendre – il en a toujours été ainsi: tout homme est mortel – et pourtant cela nous surprend et cette mort me laisse coi, bien que pourtant un de mes ouvrages de chevets, et ce depuis que je me suis enfui de ma „famille” soit les Pensées de Marc-Aurèle?!

Raymond Labiche, le clochard: 38 ans d’amitiés, car il était lui et j’étais moi…https://www.facebook.com/notes/gilles-renard/la-nouvelle-guerre-de-secession/1386954258002480

L’empereur Marc-Aurèle un exemple pour les humbles et les puissants…http://varsovieguide.fr/wordpress/wp-admin/post.php?post=300&action=edit

Sentant le besoin de conclure pour ne pas vous fatiguer je vois maintenant plus précisément ce que doit être ce blog : Une chronique ou plus exactement ma chronique, ma chronique à moi, Gilles Renard, pauvre bon à nib qui aura toujours essayé de survivre sur cette p… de terre, qui vaut tous les autres types sur cette terre et que tout autre type vaut aussi sur cette terre et partout ailleurs!

Bien à vous et bon courage,

Gilles Renard

P.S: Avec le temps êtres et choses disparaissent dans un brouillard d’illusions, et, c’est mieux ainsi.

 

 

 

LIEUX DE PLAISIRS A VARSOVIE

 « Ce que nous cherchons dans la Grèce, c’est ce qui lui donne son rang sur le monde antique et moderne, ce par quoi elle se distingue de tout le reste, ce qui fait qu’elle est elle et non la barbarie » Charles Maurras in Anthinéa


Si les plaisirs ne sont  jamais trop chers, il est tout de même bien agréable, en ces temps économiques incertains, de rencontrer des plaisirs qui ne nous coûtent absolument rien sinon un peu de temps, cette denrée bien luxueuse et cependant des plus démocratiques; à la portée de toutes les bourses, des plus épaisses ou plus plates.

C’est ainsi que pour moi il ne se passe pas un mois sans que je n’aille, au moins une fois, le samedi, au Musée National de Varsovie, flâner dans sa remarquable galerie de l’Art antique dont la maîtresse d’oeuvre fut d’ailleurs la polonaise d’origine française, Marie-Louise Bernhard. Après avoir franchi la lourde et monumentale porte d’entrée et éprouver le doux plaisir de ne pas avoir à payer, car, le samedi, l’entrée est gratuite pour toutes les expositions permanentes, je tourne illico à droite et m’engouffre littéralement parmi les vases et les statues grecs et romaines. D’où vient que mon plaisir esthétique ne soit jamais tari ? Est-ce la pureté des lignes de tous ces objets, petits ou grands, quotidiens ou occassionnels, qui incarnent avec une telle force les deux principes régissant le monde classique : harmonie et ordre.

Hermes de la collection Lubomirski/PotockiHermes de la collection Lubomirski/Potocki

Chacune de mes visites dans ce lieu littéralement magique ou la beauté, qui me submerge de toute part, me fait oublier le temps présent et ses malheurs, et me conduit, chaque fois, devant la monumentale statue « Hermès de la collection de Lubomirski/Potocki ». Il émane de celui-ci un sentiment de calme, de bien-être. Sa pause du reste n’a rien d’officiel ni de guindée. Il est là nonchalamment accoudé à la tête d’un bélier, et si son index, tout comme son pouce, n’avait été amputé par le temps ou par des vandales, engeance qui a malheureusement à toute époque existée, il serait pointé sur moi, me donnant par là à comprendre que son maître, conscient de ma présence, m’a reconnu. Et, au fond, pourquoi ne me reconnaîtrait-il pas ? Nous nous connaissons depuis si longtemps déjà !

Hermes de la collection Lubomirski/PotockiHermes de la collection Lubomirski/Potocki

Mais ce membre absent, disparu, joue tout de même son rôle  tel un membre fantôme, que tout amputé sent toujours lié dans sa chaire, à fleur de peau; je le sens, moi, spectateur de moins en moins innocent, pointé vers moi. Aurait-il deviné que je l’ai percé à jour ? que je sais ? J’avoue avoir mis lors de mes premières visites, beaucoup de temps à détacher mon regard et mes pensées de cet index disparu, pour enfin remonter jsuqu’au visage et fixer celui-ci droit dans les yeux qu’il n’a pas non plus, comme si tout en ce jeune homme n’était qu’une expressive inexpressive absence, rien qu’un effacement permanent, un souffle indicible, un abandon sur qui rien ne pèse et en qui rien ne pose. Il est éternel, toujours là, à la même place, à fixer par-dessus mon épaule gauche l’horizon.

Hermes de la collection Lubomirski/PotockiHermes de la collection Lubomirski/Potocki

Son visage, quasi rectangulaire, ne rappelle en rien les visages indifférents, pareils les uns aux autres, des statues mythologiques. Tout en lui n’est que singularité, y compris, et surtout, son arcade sourcillière droite endommagée ainsi que la cicatrice qu’il porte à la commissure de sa lèvre supérieure, côté gauche.

Hermes de la collection Lubomirski/PotockiHermes de la collection Lubomirski/Potocki

Toutes ces dégradations et son incroyable individualité ne l’ont rendu que plus inquiétant aux yeux des historiens d’art qui n’arrivent toujours pas à se décider s’il ne représenterait pas plutôt Dionysos, et n’aurait pas été exécuté à l’époque romaine et pas grecque. Pourtant rien en ce jeune éphèbe ne laisse voir qu’il incarne le dieu du vin et de l’ivresse, et si Hermès incarne quant à lui le dieu du Commerce, il ne faudrait pas oublier qu’il incarne aussi le dieu des Voleurs… Moi qui, à une autre époque que celle-ci et dans un autre lieu de plaisirs que celui-ci, qu’il m’est rigoureusement interdit de nommer ici, est marqué à jamais de la pointe de mon cran d’arrêt cette bouche gourmande, rétablissant en cela l’harmonie et l’ordre, je suis le mieux placé dans le temps et l’espace pour le savoir, mais ceci est une toute autre histoire sur laquelle je fais silence. N’y-a-t-il pas des plaisirs qu’il est toujours préférable de taire pour vraiment, et, mieux les savourer ?

 

Mieszko I ou l’origine des origines ?

Pour Mieszko I et le commun des mortels : l’origine des origines n’a rien d’original… Alors qu’aujourd’hui la question pour chaque homme est moins de savoir d’où il vient que où il va, il n’en est pas de même pour tout pays qui se respecte. En effet, ce dernier ne pourra vraiment définir son avenir qu’en fonction de son passé, contrairement au simple individu. N’en déplaise aux représentants d’une tradition naphtaline qui tellement occupés à ne rien oublier n’ont jamais rien appris.

Cette question de l’origine est donc brûlante lorsqu’il s’agit d’un peuple et elle n’aura pas manqué de toucher la Pologne et ce jusqu’à aujourd’hui – malgré des travaux remarquables d’historiens polonais, tels que Benedykt Zientara et  Henryk Łowmianski – qui ont prouvé que l’état polonais ne commence pas avec Mieszko mais bien avant.

Mieszko I
Mieszko I

Cette question de l’origine du peuple polonais, en tant, notamment qu’organisation sociale est d’importance à tel point qu’elle tracassa tellement Adolf Hitler qu’il mît tout en œuvre pour prouver – à l’aide de savants mondialement commus  (tel Albert Brackmann) que le peuple polonais  s’était constitué par des invasions successives de plusieurs ethnies et que Mieszko était le premier représentant de la dynastie des Piast ( comme on le dit encore aujourd’hui en Pologne et dans les manuels scolaires). J’ai d’ailleurs dans ma bibliothèque les trois tomes de Benzigers illustrierte weltgeschichte – la riche et luxueuse encyclopédie de 1941 qui illustre la quintessence de l’idéologie nazie – et ses commentaires sur la « Polen » sont, comment pourrait-il en être autrement, dans cette ligne.

Mais là où le bât blesse c’est lorsque l’on se pose la question que se sont posée Zientara et avant lui Lowmianski : Si Mieszko est le premier représentant de la dynastie des Piast (première dynastie polonaise), excerçant son pouvoir sur un grand territoire, comment un tel état est apparu ; certainement pas comme une génération spontanée (certains spermatozoïdes durent bien venir de  quelque part) ?

En quoi résidait la thèse nazie ; en cela : Mieszko ne pouvait pas avoir d’ancêtres, car il était lui-même un  « migrant ». C’était en vérité un Normand ayant comme prénom : Dag ou Dagr, qui envahit les territoires situés entre l’Oder et la Vistule et établit un état. Sur quoi ces « savants » nazis  et il faut bien le dire ici une grande partie de l’école médiéviste de Cracovie et de Lvov (formée dans les universités allemandes) s’appuyèrent pour étailler leur thèse ; tout simplement et tout bonnement  sur un registre papal, dans lequel Mieszko, se soumettait à la fin de sa vie à l’autorité de l’église catholique,  apostolique et romaine, en un mot au Saint-siège. Dans ce document Mieszko apparaît sous le nom de Dagome. Mais ce nom est de facto son nom de baptême ( chrétien) comme l’a si brillamment démontré Lowmianski ; il signifie peut-être Dagobert. Par contre on ne peut subodorer que Mieszko allait, dans sa correspondance avec la chrétienté, utiliser un prénom paien et slave tel que Mieszko.

Cette hypothèse nazie, soutenue tout d’abord par de grandes pointures allemandes tels que Holtzmann et Schult fut adoubée par l’autorité allemande de l’époque, le grand médiéviste dont j’ai parlé plus haut Albert Brackmann, mais elle ne fit pas si long feu que ça ; elle tomba dans l’oubli lorsque le régime idéologique qui l’avait soutenue et inspirée tomba lui dans les oubliettes de l’histoire.

Gall anonyme
Gall anonyme

Certains historiens polonais qui avaient d’ailleurs, pour être franc, questionné cette thèse dès les années 30, alors qu’elle n’avait encore point trouvé sa cristallisation idéologique dans « Mein Kampf » revinrent de plus bel à la charge en appelant à la rescousse un chroniqueur du moyenâge : Gall Qnonyme qui nomme clairement et distinctement les ancêtres de Mieszko sur trois générations : Siemomysl, Siemowit et Leszko.

Pour certains d’entre vous qui liront ces lignes cela pourra leur paraître de peu d’importance cette question d’arbre généalogique ; ils se trompent néanmoins. En effet ; jusqu’à aujourd’hui tous les gouvernements polonais lors de cérémonie officielle font commencer l’état polonais à Mieszko. N’allons pas croire qu’ils soient nazis, pour le moins, mais leur raison en est tout autant idéologique : seul Mieszko, contrairement à ses ancêtres ce sera fait baptiser et aura été le premier de la dynastie a prononcé ces mots : Credo in Spiritum sanctum, sanctam Ecclesiam catholicam, sanctorum communionem, remissionem peccatorum, carnis ressurectionem, vitam aeternam. Amen[1]. Mais si l’histoire finira sans doute avec ces mots elle n’a pas commencé avec eux, n’en déplaisent encore à certains qui quant à eux préfèrent n’en apprendre qu’une partie tout en oubliant l’autre.

Gilles Renard alias Le nouveau pauvre.

[1][1] Je crois au Saint-Esprit, la Sainte Eglise catholique, la communion des saints, la rémission des pêchés, la résurrection de la chair, la vie éternelle. Ainsi soit-il.

LA CLASSIQUE DES CLASSIQUES (suite V)

Tout d’abord : Le Vieux marché –  [Stary Rynek] –spécialement pour vous et pour vous prouver que je ne raconte pas de bêtises – voilà la photographie, prise par moi, du seul document iconographique existant de l’hôtel de ville qui se trouvait au milieu du vieux marché.

L'hotel de ville sur la place du vieux marche.L’hôtel de ville sur la place du vieux marché.

Il faut vous dire que Varsovie a eu jusqu’à 12 hôtels de ville. Mais parlons ici de celui que vous avez sous les yeux ; le plus ancien. Construit au XVème siècle, il était tout en bois et, comme de bien entendu, de style gothique. En son centre, comme vous pouvez le remarquer : une tour. Le toit de cette tour était en tôle et il était surmonté d’une girouette. Que représentait cette girouette ? Une sirène – notre fameuse sirène de Varsovie. Comment pouvait-elle bien être cette sirène – emblème de Varsovie – et dont on a retrouvé des traces jusqu’à Opole (une agrafe, notamment, à manteau du XIVème siècle N.B : J’en parlerai dans une autre fois).

Probablement qu’elle était ou se rapprochait de ce sceau de la Vieille Ville de 1459.

Le sceau le plus ancien de la Vieille Ville sur un document datant de 1459Le sceau le plus ancien de la Vieille Ville (document de 1459)

Donc vous êtes là, à l’entrée de cette place du Vieux marché qui a aujourd’hui en son centre la Sirène scupltée par Constantin Hegel. Prenez un peu de temps pour vous concentrer sur le côté droit de cette place qui s’appelait jusqu’en 1916 tout simplement Zachodnia (Ouest) et qui porte depuis le nom de Hugo Kołłątaj (1750-1812). Mis à part qu’il fut un jacobin acharné ( mais y-en-a-t-il de modérés ?), un des créateurs de la Constituion du 3 mai, il habitait justement à l’Ouest au numéro 21a. Non seulement il y logeait mais il y est mort. La façade a survécu à l’hécatombe de 1944. La lettre S sur le bouclier tenu par un lion est la première lettre du nom d’un des anciens propriétaires.

L'immeuble numero 21Vieux marché numéro 21

Le lion tenant un bouclier sur lequel se trouve la lettre SLe lion tenant un bouclier sur lequel se trouve la lettre S

Si vous le désirez et en avez le temps, vous pouvez tenter (sans un bon guide c’est extrêmement difficile) de visiter les différentes caves gothiques  du XVème et XVIème siècle, au numéro 21. Au 19, il faut savoir que se trouvait là la première maunfacture de piano à queue de Varsovie.  En 1944, l’immeuble fut entièrement détruit.

Par contre, selon moi, il y a trois autres immeubles sur lesquels votre attention doit se concentrer. L’immeuble appelé Urbanowska (numéro 23) ; celui du numéro 27 et l’immeuble faisant l’angle avec la rue Wąski Dunaj (L’étroit Dunaj) au numéro 31.

L'immeuble Urbanowska numero 23L’immeuble Urbanowska au numéro 23 du Vieux marché

Le numéro 23 est marqué du sceau de l’histoire lorsque les Russes occupaient une partie de la Pologne. Cette construction de 4 étages, dont tout le rez-de-chaussée a échappé à la destruction de 1944, aura été en 1848 le témoin d’une horrible arrestation, fomentée et menée par la police tsariste et son chef à Varsovie, l’horrible Prince Paskiewicz. En effet, quatre apprentis couturiers furent arrêtés sous le prétexte qu’ils conspiraient contre la Russie: ils auraient, entre autre, tenu des propos malfaisants à son égard, tout en relatant les événements qui se déroulaient alors en France, contre Louis-Philippe. Cette accusation n’était pas fondée, mais elle avait pour but de montrer à la population qui était le maître en la capitale. Donc l’empire euro-asiatique russe et ses sbires livrèrent en spectacle à la population, conduite de force, les quatre malheureux apprentis qui furent fouettés par 500 soldats et envoyés en Sibérie d’où ils ne revinrent jamais…

"Fukier" numero 27« Fukier » au numéro 27 du Vieux marché

Au numéro 27 du Vieux marché nous passons à un chapitre plus joyeux – heureusement – qui durant des siècles et ce, jusqu’à aujourd’hui, se déroule sous les bons auspices du dieu Bacchus. En effet, vous avez là devant les yeux la célèbre maison de vin de la famille Fukier. L’immeuble est l’un des plus connus de tout Varsovie. A juste titre, d’ailleurs. Depuis le XVIème siècle des familles riches et importantes de la Vieille Ville y habitèrent. Puis en 1810 ce fut au tour de la célèbre famille Fukier qui exista même après l’arrivée (usurpée) au pouvoir des communistes, car la fonction de directeur était encore tenu par Henryk Maria Fukier, le dernier de la lignée qui mourut en 1955.Il n’aimait le rouge que sous la forme provenant de la fermentation du raisin, alors que celle de la lutte des classes n’apporta pour lui et pour d’autres qu’un vinaigre du plus mauvais vin…

Henryk Maria FukierHenryk Maria Fukier

L'immeuble Fukier numero 27L’immeuble Fukier numéro 27

Il  n’avait pas voulu quitter sa « cave » et ses vins, et puis qui du nouveau pouvoir aurait-il pu en parler aussi bien que lui? C’est là que la tradition a du bon ! (Là se trouve le musée du vin que l’on ouvre  à qui sait le demander, c’est à dire pas à tout le monde.)

L'immeuble numero 31L’immeuble numéro 31

Au numéro 31 nous avons un immeuble d’angle avec une statue de la vierge à l’enfant, au niveau du premier étage. Durant des années on l’appela l’immeuble des « Ducs de Mazovie » et même aujourd’hui, entre vieux varsoviens l’on peut entendre cette appelation. Elle n’a malheureusement rien de fondé historiquement, mais elle sonne mieux que son nom officielle : En-dessous de Saint-Anne !?

Vieux marché No 31
lla vierge et l’enfant au numéro 31 du Vieux marché

La vierge et l’enfant au numéro 31

(la suite dans trois jours comme de coutume)

 

LES JESUITES ET LE CHÂTEAU ROYAL

Compagnie de Jésus
  Compagnie de Jésus

 

Là sont les Jésuites

Ces prêtres dignes de louanges

Ils ont une église quoique petite,

Chez eux l’ordre est partout.

Adam Jarzębski, Souvenir ou courte description de Varsovie

Piotr Skarga
      Piotr Skarga

 Les Jésuites sont arrivés en Pologne, au XVII ème siècle, à la cours de Sigismond III Vasa. Leur premier rôle fut d’être prêcheur, confesseur, instituteur des enfants du Roi. L’un de ses plus grands prêcheurs fut Piotr Skarga. Leur histoire sur nos terres polonaises est passionnantes – elle ressemble même parfois à un film de capes et d’épées. Je me propose de vous la faire découvrir sur mon blog.  Sigismond ainsi que son épouse les traîtèrent toujours comme des membres à part entière de la famille royale .

Après la mort de Piotr Skarga, le prêcheur royal fut le prêtre Mateusz Bembus qui était aussi professeur de théologie à l’Académie de Vilno. Son successeur, en 1618, le père Valentin Groza Kowalski était également professeur de théologie dans cette susdite académie. Ces trois prêtres étaient de fervents défenseurs des us et coutumes polonaises voyant en elles le terreau spirituel de  ce peuple. Déjà l’on peut voir dès le début de leur apostolat une vision progressiste de l’histoire et de la manière de gouverner ainsi que leur préoccupation pédagogique ; tout d’abord auprès des enfants du Roi et puis des enfants de la paroisse de la Vieille Ville.

Ladislas IV Vasa
                Ladislas IV Vasa

Le fils de Sigismond, Ladislas IV, marqua un certain éloignement en face de l’ ordre. En effet si ces prêtres réguliers professent trois vœux : pauvreté, chasteté, obéissance ; ils en ont un quatrième. Et c’est justement celui-ci qui ne plaisait pas du tout au souverain : l’obéissance spéciale au Pape pour ce qui est des missions – missions tant officielles que secrètes. Ne recherchant jamais les honneurs ils sont les soldats et intellectuels du Christ. ( N’oublions pas que sa Sainteté, le Pape François, est le premier pape jésuite dans toute l’histoire de la chrétienté). Si leur statut est d’être réguliers, ils sont pleinement engagés dans la vie civile et jouent en cela un très grand rôle séculier. Toutes ces caractéristiques effrayèrent Ladislas, mais il les garda tout de même près de lui lorsqu’il voyageait ou guerroyait. Il leur confia même l’éducation de son fils, Sigismond Casimir, car qui mieux qu’eux aurait pu en faire un homme et monarque instruit et éclairé. En dehors de la cour proprement dite il reste trace de sermons. Ceux-ci sont magnifiques. Ils ne parlent pas de politique, mais de la chose sociale, du bien commun, en un sens de la Polis grec. On y trouve très souvent des critiques et invectives acerbes et fort justes sur la vanité, l’égoisme et la prévarication (ce que l’on appelle aujourd’hui la corruption).

Lorsqu’il succéda à son père il garda tout naturellement les jésuites près de lui ; il leur devait tout. L’un d’eux, le père Adrian Pikarski, ancien aumônier des armées, fera des sermons touchant notamment la question du patriotisme et le respect du pouvoir royal.

Stanislas Auguste Poniatowski

 

 

chateau royal facade est
                 château royal facade est

A l’époque de Stanislas Auguste Poniatowski les Jésuites furent pour le dernier Roi de Pologne s on plus solide soutien en ce qui touche à sa politique culturelle et sur toutes les questions touchant l’enseignement. Ils furent aussi à l’origine de ces fameux « repas du jeudi » où le Roi en compagnie d’invités tels que Jan Albertrandi, Adam Naruszewicz et de quelques autres hommes de lettres s’entretenait d’art et de littérature. Ce fut d’ailleurs ce dernier que le Roi employa pour écrire une Histoire de la Pologne débarassée des interprétations teutones ; il était d’ailleurs non seulement son confesseur mais aussi son ami. Cette Histoire de la Pologne qui ne fut jamais finie avait aussi un autre but dans la tête de ce monarque éclairé : condamner l’exploitation éhontée des paysans, corvéables à merci, et redéfinir ce que la noblesse appelait « notre liberté ».

 

LE FANTÔME NATIONAL

Dernièrement mon ombre a croisé la sienne et j’ai ressenti plus que jamais sa présence – non pas visible ; tout le monde peut le voir, là, dans la rue Krakowskie Przedmiescie, mais spirituelle. Juste en face du Centre de la Cinématographie polonaise il défie, chaque jour qui passe, les cinéastes polonais d’aujourd’hui de faire, enfin, un film qui aura la force et la grandeur du plus petit de ses poèmes.

Adam Mickiewicz jeune
Adam Mickiewicz jeune

Comment se fait-il que chaque peuple aura eu, a eu, a son poète national ? Pour les Français ce fut Victor Hugo ; pour les Polonais c’est Mickiewicz ! Je change volontairement de temps, car il me semble à tort ou à raison, cela demeure du domaine de l’intuition, et si je m’égare j’en assumerai l’entière responsabilité, que Victor Hugo ne représente plus grand chose pour les Français du XXI-ème siècle ; mis à part qu’il est à leur yeux qu’un poète de plus, alors qu’il en va tout autrement de Mickiewicz pour les Polonais d’aujourd’hui et probablement de demain… Le poète est plus qu’un monument, plus qu’une statue, plus qu’un poète, il est l’alter ego de tout Polonais qu’il soit tâcheron, paysan ou nanti !

Adam Mickiewicz par Walenty Wankowicz
Adam Mickiewicz par Walenty Wankowicz

Pourquoi en est-il ainsi ? Pourquoi Victor Hugo a-t-il perdu son aura de poète-national, alors que Mickiewicz en est toujours nimbé ?

Au monde de nouveau, mais pas pour le monde

Quel est cet homme ? – Un fantôme.

( Le fantôme. Vers 11 et 12. Trad. Gilles Renard)

adam mickiewicz
Adam mickiewicz

Tout grand poète-national qui sera d’ailleurs toujours grand même lorsqu’il est plus souvent moyen que grand ; ce qui n’est jamais le cas de Mickiewicz – toujours grand et la plupart du temps génial, mais l’est de Hugo, chez qui l’on trouve plus fréquemment une lourde rhétorique que d’envolées géniales – incarne les rêves, les phantasmes et les frustrations d’une nation ; cette nation qui en tant que concept politique est apparue sur terre que depuis peu, depuis seulement la révolution française, pour occupée au XIXème tout le paysage géopolitique. Auparavant  il n’y avait pas de nation, mais un peuple et chaque peuple « s’incarnait » dans son Roi et vis versa. Du moins en fut-il ainsi pour le peuple de France, car pour le peuple polonais il en fut tout autrement. Dès la fin de la dynastie Jagiellonne il cesse de « s’incarner » dans ses rois et eux-même ne l’incarnent pas : ils sont élus et encore pas par lui, mais par les intrigues de la grande noblesse et des puissances étrangères. Et c’est en cela que je vois la genèse de l’oubli de Victor Hugo dans le cœur des Français, et la permanence de Mickiewicz dans le cœur des Polonais.

La statue en 1900
La statue en 1900

La nation polonaise existe bien sûr, la République polonaise aussi, mais en tant « qu’en train de se faire », en tant « qu’en train de se réaliser », en tant qu’en train de s’affirmer » et de sans cesse lutter pour atteindre à une incertaine stabilité au sein même et toujours d’une instabilité certaine, non pas dans les mœurs, mais dans les institutions étatiques, au contraire de la France. Voilà pourquoi il est si excitant de vivre et habiter en Pologne où l’on a littéralement tous les jours sous les yeux un peuple qui bouillonne d’aspirations et de désirs non encore assouvis en matière de stabilité politique et sociale. Car, pour ce qui est de son identité, le Polonais est des plus stables – le problème identitaire, si tant est qu’il existe ailleurs n’existe nullement pour lui : il est Polonais et son pays s’appelle la Pologne. Ce dernier peut même encore une fois disparaître de la carte, il ne disparaîtra pas de son cœur, et c’est exactement ce que Mickiewicz incarne dans sa poésie, mais aussi dans sa vie. En l’écoutant, car on ne lit pas ses vers on les écoute, même et surtout lorsqu’on les lit, et aussi en le voyant là debout à Krakowskie Przedmiescie tout Polonais se sent touché, ému car ce que le grand Adam nous a offert est plus que jamais d’actualité.

Chacun de vous dans son âme porte la graine des droits futurs et la mesure des frontières futures. Pour autant vous agrandissez et améliorez vos âmes, pour autant vous améliorez vos droits et agrandissez vos frontières. (Livre des pélerins. Trad. Gilles Renard)

La statue aujourd'hui
La statue aujourd’hui

P.S : A Varsovie sa statue est dans le square, près de l’église des Carmélites. Elle doit son érection à la pugnacité d’un autre grand artiste polonais, l’écrivain Henryk Sienkiewicz. Le sculpteur Cyprian Godebski en est l’auteur et elle se tient là, de toute sa hauteur, depuis le 24 décembre 1898. Ce ne sera qu’en 1944, en raison de la barbarie nazie, qu’elle disparaîtra de son piedestal … On en fondra une autre – à l’identique- bien qu’il restât quelques morceaux d’avant-guerre, et, depuis 1950 cette incarnation même des souffrances et des joies du peuple polonais nous et vous observe. Passant près de lui ne manquez pas de lui tirer votre chapeau ou d’aller… boire une vodka (polonaise) à sa santé ! Cela lui fera sûrement plaisir lui qui déclarait : « Envolons-nous et ne rabaissons plus jamais notre vol. »

 

LA CLASSIQUE DES CLASSIQUES (suite IV)

Ul. Piwna

Localisation de la rue PiwnaLocalisation de la rue Piwna

 Et, maintenant, au lieu de continuer « notre pélerinage » touristique dans la rue Świetojańska nous prenons le passage qui se trouve en face de la cathédrale.

passage avec le couvent au fondpassage avec le couvent au fond

Tout au bout nous voyons déjà  l’église et le couvent des Augustines, au numéro 13. Tout un programme. Tous les deux auront traversé bien des malheurs et heures de gloire  (à l’époque de l’état de siège il me souvient que toute l’intelligentsia varsovienne venait se recueillir et comploter ici.

Si le couvent fut fondé en 1353, réaménagé aux XVème et XVIème , il aura été totalement reconstruit au XVIIème et sa fasade actuelle date des années 30 du XVIIIème.

Facade de l'eglise saint martinFaçade de l’église saint martin

L’église quant à elle – église Saint-Martin – a vu sous son toit se dérouler les séances de la diète de la noblesse  dès l’instant que Mazovie fut rattachée à la couronne. En 1944 elle fut totalement détruite par les Allemands et reconstruite après guerre.

La soeur Alma et Tadeusz MazowieckiLa soeur Alma et Tadeusz Mazowiecki

Son intérieur est moderne et a été conçu par la sœur Alma Skrzydlewska qui aura aussi dessiné le chemin de croix, les grilles, les lustres, les bancs.

La rue Piwna.La rue Piwna.

Une fois de retour à l’extérieur si nous regardons de chaque côté de cette rue Piwna – la plus longue de toutes les rues de la Vieille Ville – d’un côté elle nous mène vers la Place du Château royal et de l’autre, tout au bout, à la rue Wąski Dunaj.  Mais en son milieu, à droite, nous avons la rue Zapiecek qui nous mène directement vers la Place du Vieux marché. Mais avant que de la prendre je conseille à tous les amateurs d’animaux de s’arrêter devant l’immeuble, au numéro 6, dont la porte est ornée de bas-reliefs représentant des pigeons. Ceci est une œuvre contemporaine qui rend hommage à une vieille femme qui fut la première à revenir habiter dans la Vieille Ville en ruine, après la destruction de celle-ci par les Allemands. Elle avait pour habitude de nourrir et parler aux pigeons, ses seuls voisins.

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Numero 6 rue Piwna

DSCN2861 Numero 6 rue Piwna

Antoni MagierAntoni Magier

Dans la rue Zapiecek l’on peut avec nostalgie regarder l’habitation d’une autre figure varsovienne : Antoni Magier (1762-1837), au numéro 31.  Il fut tout à la fois : physicien, météorologiste, mémorialiste et historien de Varsovie. Pour ses contemporains il était d’abord et avant tout météologue; chaque jour il leur annonçait ses pronostics météorologiques. Il est l’auteur d’un très beau traité : L’esthétique de Varsovie qui nous donne un très bel aperçu des us-et-coutumes des Varsoviens de la fin du XVIIIème et début XIXème.

place zapiecekplace zapiecek

A dire vrai Zapiecek n’existe pas comme rue ; elle est la prolongation de la rue Piekarska et ce qu’un Varsovien appelle Zapiecek est seulement une petite place, sur laquelle au XIXème siècle se déroulait une foire pour les oiseaux chanteurs.

Stary Rynek

Stary Rynek - Le Vieux marcheStary Rynek – Le Vieux marché

Et maintenant la Place du Marché. Elle est l’emblème de la Vieille Ville. Pour ceux qui n’aiment ni le bruit, ni la foule il est conseillé de la visiter tôt le matin.

C’est là que se concentrait toute la vie économique, politique et sociale du Vieux Varsovie. Elle fut une place pour le commerce, une agora politique, mais aussi une place où l’on délivrait la justice.

A partir du XVème siècle en son milieu se trouvait l’hôtel de ville et pas comme aujourd’hui  La Sirène ­– une œuvre de Constantin Hegel de 1855, dont l’original se trouve déposé dans la cours du Musée de la Littérature qui se trouve aussi sur la place. Celle-ci a gardé son caractère moyenâgeux avec ces rues qui la rejoignent de tout côté.

Les quatre côtés portent les noms de quatre personnages célèbres  ayant joué un rôle essentiel dans l’histoire de la ville, mais aussi de la Pologne.

Hugo KołłątajHugo Kołłątaj

Hugo Kołłątaj (1750-1812) – prêtre aux idées jacobines. L’auteur de projets de réformes au parfum révolutionnaire. (Certains historiens le soupçonne d’avoir voulu guillotiné le dernier roi de Pologne, Stanislas Auguste Poniatowski). Il est l’un des inspirateurs et maître d’œuvre de la Constitution du 3 Mai.

Jan DekertJan Dekert

Jan Dekert (1738-1790) – marchand, député à la diète, et le 23 février 1789 (Ça ne s’invente pas !) élu président de la Ville de Varsovie. Il a beaucoup lutté pour que les droits des bourgeois soient reconnus par le roi.

Franciszek BarssFranciszek Barss

Franciszek Barss (1760-1812) – avocat et très proche collaborateur de Jan Dekert. Ce fut lui qui rédigea les droits des bourgeois. Il fut aussi le défenseur des pauvres. Il mourut en Russie après avoir rejoint la grande armée napoléonienne.

Ignacy Zakrzewski-WyssogotaIgnacy Zakrzewski-Wyssogota

Ignacy Zakrzewski-Wyssogota (1745 -1802) – député à la diète de Quatre ans. Franc-Maçon ayant lutté pour que les droits des bourgeois et des villes soient reconnus par la couronne royale.

(La suite dans trois jours comme de coutume)

gillesrpl@yahoo.com – portable : 500081928 (Varsovie)

Je vous propose de multiples variantes de visites guidées thématiques ou plus générales. Il va de soi que vous pouvez vous-mêmes proposer vos thèmes ou attentes et je me ferai un plaisir d’y répondre au mieux. Quelques exemples d’offres de visites guidées thématiques:

–          Le Varsovie de l’Entre-deux-guerres

–          Le Varsovie maçonnique d’hier à aujourd’hui

–          Le Varsovie français et Napoléon

–          Le Varsovie de la Seconde Guerre mondiale

–          Le Soulèvement de Varsovie

–          Le Varsovie des Arts et des Lettres

–          Le Varsovie communiste

–          Le Ghetto et son soulèvement

–          Les cimetières civiles et militaires

–          Chez le dernier Roi de Pologne

–          La demeure princière d’un roi gentilhomme

–          Chopin et Varsovie

–          Les églises, cathédrales et basiliques de Varsovie

–          Les palais varsoviens

–          Les grands architectes polonais et étrangers de Varsovie

–          La Vieille ville et ses secrets

–          Pour le plaisir des yeux, des oreilles et du palais…

Etc…

gillesrpl@yahoo.com – portable : 500081928 (Varsovie)

LA CLASSIQUE DES CLASSIQUES (Suite 2)

L’immeuble de « Sir » John

Tableau de Canaletto. L'immeuble John.Tableau de Canaletto. L’immeuble John.

« Après être allé là où le Roi va à pied », comme disent les Polonais, c’est-à-dire aux toilettes ou ne pas s’être lassé de contempler les fameux escaliers roulants de production du grand frère soviétique (sic !) nous nous trouvons maintenant au pied de l’immeuble de John qui porte le nom d’un de ses propriétaires, Aleksander John, avocat, qui en 1910 décida au grand dam de ses voisins de redonner à son immeuble l’apparence qu’il avait au  XVIIIème siècle. Pour ce faire il s’inspira du tableau de Canaletto (cf. Ière partie). Il faut dire que cet immeuble aura subi bien des vicissitudes. Si nous possédons des documents écrits remontant à 1654 il est certain qu’il existait déjà, auparavant, une habitation à cet endroit. Ce fut au XIXème siècle qu’il aura le plus souffert des différents « aménagements » et « restauration » en tout genre. Jusqu’à l’arrivée de son bienfaiteur : « Sir » John !

Par contre, en 1939, un incendie s’y déclara. L’ensemble de la bâtisse – en attendant des jours meilleurs – fut soutenues par des étais et échafaudages, malheureusement 1944 arriva et les Allemands se chargèrent de la détruire allègrement et entièrement.

Von dem BachVon dem Bach

Von dem Bach

 

 

Palais Teppler

Elle ne réapparut aux yeux des Varsoviens que grâce à la construction de Trasa W-Z (La voie est-ouest) ; les autorités s’étant décidé à sa reconstruction. C’était bien la moindre des choses vu qu’elles avaient accepté – entre autres – la destruction du palais Teppler (là où avait habité Talleyrand lors de son séjour à Varsovie) pour creuser justement cette voie est-ouest.

canaletto Palais des eveques de Cracovie et Palais Tepplercanaletto Palais des évêques de Cracovie et Palais Teppler

Nota bene : Pour les touristes aux facultés olfactives para-normales ils peuvent sentir des réminescences – paraît-il – d’alcool de vin. En effet jusqu’à la fin du XIX ème siècle, c’était à cet endroit que reposaient de nombreux fûts de ce précieux breuvage…

Palais sous la Tôle  et Château Royal

Palais sous la Tôle

Palais sous la Tôle

Lorsque vous tournez votre regard vers l’est vous pouvez apercevoir tout d’abord près des murs du château, sur un parterre recouvert par de la pelouse et en espaliers; les anciennes colonnes de la colonne Sigismond. Et un peu en contre-bas un charmant palais au nom étonnant Palais sous la Tôle. Là a habité le futur Maréchal de France, Joseph Poniatowski. Et puis en tournant lentement votre regard vers l’ouest vous découvrez le château royal. Il faut bien vous dire que lui aussi, durant l’histoire tourmentée de la Pologne et de sa capitale, aura subi de nombreuses transformations, métamorphoses, pillages (lors du Déluge des Suédois), destruction et résurrection… Car ce que nous avons aujourd’hui, devant les yeux, est une reconstruction, appelée aussi une revivification qui relève du miracle et donc de la résurrection. En effet, laChateau royal destruction presque totale par les Allemands

permettait-elle de retaurer ? Bien sûr que non ; plus de 95% de la substance matérielle avait disparu. Néanmoins quelques morceaux de fer forgé, des débris de maçonnerie permirent aux conservateurs d’établir une distinction d’école importante entre reconstruction et revivification. En un mot ce que vous avez sous les yeux s’appelle : la revivification­ du château royal.

Au XVème Janusz Ier l’aîné  construisit un château en dur – la grande cour

Curia maior - la grande courCuria maior – la grande cour

 Sigismond Auguste

Lorsque Varsovie devint l’une des résidences royales Sigismond Auguste a reconstruisit et construisit à tour de bras entre 1569 et 1572 pour adapter le château au besoin du sénat et de la diète. C’est ici, entre ses murs, qu’en 1573 fut signé le premier document en Europe exigeant le respect de toutes les confessions religieuses que l’on appelle : Confédération de Varsovie.

Confederation de Varsovie 1573Confédération de Varsovie 1573

 

Sisgismond III Vasa – Porte Grodska  – Tour Ladislas et Rembrandt

Sisgismond III Vasa prenant pour prétexte l’incendie du château de Wawel décida de faire du château royal de Varsovie sa résidence principale et ce fut à cette époque que l’on referma les cinq angles des différents corps de bâtiments, donnant à l’ensemble une harmonie sans pareille.

Sigismond III VasaSigismond III Vasa

château vu de dessus

chateau royal vu d'avionchâteau royal vu d’avion

Son fils Ladislas IV transforma les intérieurs en leur donnant plus de splendeur et de luxe. Notamment avec la chambre de marbre et la Porte Grodska (celle qui donne sur les anciennes colonnes supportant la statue de Sigismond III, ainsi que la tour appelée jsutement Tour Ladislas où se trouve un escalier.

 

La porte GrodskaLa porte Grodska

 

La Tour LadislasLa Tour Ladislas

Près de cette tour se trouve la galerie de tableaux avec notamment un chef-d’œuvre à ne pas manquer : Le portrait d’une jeune fille par Rembrandt. Une fois que vous aurez vu ses yeux qui donnent à sa beauté l’accent de la méditation et de l’étonnement, ainsi que ses doigts frêles qui sortent du tableau pour en saisir le cadre, comme si c’était elle qui voulait venir vers nous et non nous vers elle, vous ne pourrez plus l’oublier…

 

Le portrait d’une jeune fille par Rembrandt.Le portrait d’une jeune fille par Rembrandt.

Gilles Renard, votre guide pour Varsovie et sa région vous dit à dans trois jours pour la suite de cette excursion digitale…

LA CLASSIQUE DES CLASSIQUES (Suite III)

 

Ul. Świętojańska

Ul.Świętojańska - estampe (le plus vieux document que nous possedons)Ul. Świętojańska – estampe (le plus vieux document que nous possèdons)

Cette rue qui mène du Château royal à la Place du Marché date du XVème siècle. Elle aura vu beaucoup d’événements importants durant son histoire. La signature de la Constitution du 3 Mai et l’attentat régicide de Michał Piekarski, entre autres. Encore beaucoup de ses immeubles cachent des reliques de l’époque gothique – un guide compétent sera en mesure de vous les faire connaître – mais c’est au XVIIIème siècle que la plupart des immeubles furent reconstruits. L’immeuble au numéro 1 est non seulement intéressant pour sa façade, mais aussi pour la plaque apposée à l’entrée. C’est dans cette bâtisse qu’aura vécu le musicien  en chef à la cour de Ladislas IV. Personnage haut en couleur qui ne maniait pas seulement les notes mais se piquait de faire des vers – mauvais – mais la postérité retiendra son nom, non pas comme un musicien ou poète de talent, mais comme celui qui aura écrit le premier guide pour Varsovie – Gościniec abo opisanie Warszawy [ Souvenir ou description de Varsovie] en 1643. Puis sous le Roi Stanislas Auguste Poniatowski, au XVIIIème siècle, ce fut au tour de l’horloger de la cour et de son atelier d’horlogerie d’occuper ses murs. Un peu plus loin nous pouvons sur la droite découvrir deux églises, élevées l’une à côté de l’autre – chose rare. La première est la fameuse cathédrale Saint-Jean et la deuxième l’église des Jésuites (Ordre mémorable dans tous les sens du terme dans l’histoire de Varsovie et de la Pologne ; de cela j’en parlerai à une autre occasion).

ul. Świętojańska (au fond le Chateau royal)ul. Świętojańska (au fond le Château royal )

La cathédrale Saint-Jean.

Cathedrale avant 1939 apres sa reconstruction entre 1901-1903Cathédrale avant 1939 et après sa reconstruction réalisée entre 1901-1903

Elle est  la plus ancienne de toutes les églises de Varsovie. Dès la fin XIIIème siècle on la consacra église paroissiale et, en 1406, elle devint collégiale, puis en 1798, sa carrière prit encore du grade, elle devint cathédrale, mais ce splendide parcourt ne s’arrêta point là – Oh que non ! – au XIXème siècle, exactement en 1817, elle reçut le titre suprême d’archi-cathédrale. Pour ce qui n’était au moyen-âge qu’une petite église en bois, avouez que sa carrière peut être jugée comme mémorable. Voilà pourquoi si vos pieds se posent sur les pierres de son parvis ne manquez pas de la visiter, car, avec un bon guide, vous aurez à la fin de votre exploration tourisitique un panorama de tous les siècles de l’histoire de la Pologne, de ses convulsions, de sa grandeur, de sa décadence et de son relèvement. Je n’en dis pas plus… Sachez seulement que sous ses ruines provoquées par la Deuxième guerre mondiale l’on a découvert la pierre tombale en marbre des derniers Ducs de Mazovie – disparus dans des conditions bien étranges, ainsi que leur superbe sœur : la duchesse Anne – Stanislas et Janusz (1524-1528).

La cathedrale aujourd'huiLa cathédrale aujourd’hui

L’église des Jésuites.

L'eglise des jesuitesL’église des jésuites

Puis là, au coude à coude, l’église des Jésuites au style renaissance. Elle fut construite grâce au Roi Sigismond III Vasa – le même qui du haut de sa colonne surveille et protège la  Vieille ville – ne commettez pas l’erreur de ne pas la visiter ; il pourrait se mettre en colère et vous sabrer ou vous rosser de sa croix qu’il tient de sa main gauche. Cette localisation – mur à mur avec la cathédrale et à deux pas du Château royal – n’est nullement le fait du hasard, mais correspondait à une volonté politque et évangélique. Elle voulait signifier et rappeler- à tous ceux qui auraient eu tendance à l’oublier – le rôle primordial joué par les Soldats du Christ lors de la Contre-Réforme… Il est intéressant de remarquer un patchwork architectural entre le style italien et nord européen qui donne encore aujourd’hui le mal de tête à tous les historiens d’art.

Le prince transforme en ours de pierreLe prince transformé en ours de pierre

Sur son parvis ne manquez pas de vous arrêtez devant l’ours qui y monte la garde. Paraît-il qu’il est l’incarnation d’un prince trop timide pour déclarer sa flamme à sa bien-aimée et que si une femme belle, pure et vierge et remplie d’amour pour lui le touche il pourra reprendre vie et quitter sa peau d’ours pour celle de prince. Je dois malheureusement ici vous avouez que depuis mes trente ans d’activité comme guide, je n’ai encore jamais rencontré une telle femme, bien que beauoup de touristes du sexe faible eusseent essayé en ma présence de métamorphoser ce morceau de pierre en un prince charmant !?